Galaxy Express 999, c'est d'abord un manga créé par Leiji Matsumoto, le père d'Albator, qui s'occupa ensuite de l'adapter en série à la fin des années 70. Dans la foulée, en 1979, la mission fut confiée à Rintarō d'en faire le long métrage dont il s'agit ici, un film condensant fidèlement les aventures du jeune Tetsurō développées dans les deux médiums évoqués plus haut.
Dans un avenir lointain où notre civilisation réussit à coloniser l'espace bien au-delà du système solaire, Tetsurō, adolescent orphelin, vit sur Terre avec d'autres enfants des rues dans une société inhospitalière, divisée et autoritaire, où les buildings ultra-futuristes des dominants regardent de haut les rues en ruines et les immeubles éventrés des laissés-pour-compte. Une société gouvernée par des robots imbus de leur immortalité. C'est dans ce décor que Tetsurō ne nourrit que deux rêves : venger la mort de sa mère abattue froidement par le Comte Mécanique, un androïde, lors d'une chasse à l'humain, et rejoindre la planète Megalopolis pour échanger son corps contre un corps artificiel qui lui offrira la vie éternelle.
La mystérieuse Maetel, sosie parfait de sa mère, au maintien aristocratique, à la voix douce et aux traits purs, se présentera rapidement à lui pour l'aider dans son entreprise et parcourir l'espace à bord du 999, cette machine de haute technologie à l'apparence de vieux train à vapeur. Commencera alors bien sûr pour notre héros, de planète en planète, dans la nuit de l'infini, un long voyage à la découverte de lui-même, un voyage initiatique version intergalactique, une odyssée éclairée à la lueur des astres, bercée par une insistante mélancolie ou le spleen de l'éternité face à la beauté des vies éphémères. Il y sera question d'un Château du Temps voué à finir réduit en poussière, de sacrifice, de courage, de rencontres qui laissent des empreintes au cœur, de terres de glace et de dangers aux yeux tristes. L'imagerie du western crépusculaire sera également régulièrement convoquée quand Tetsurō enfilera ses habits de justicier avec son espèce de poncho et son grand chapeau trop large dans certains décors désertiques ou dans un bar aux vrais airs de vieux saloon.
Les thèmes sont riches et le charme de cette animation vintage opère naturellement. Par ailleurs, avant de libérer toute sa puissance dans un dernier segment apocalyptique, Rintarō n'hésite pas à prendre son temps à travers les mers spatiales, à peser sa narration : le 999 avance à son rythme et donne envie de se perdre un peu plus longtemps avec lui dans les étoiles. Alors, pour s'imprégner encore un peu plus de cet univers et prolonger l'évasion, une solution s'impose : se plonger enfin dans les 113 épisodes de la série.