Présenté à la Semaine de la Critique à Cannes, Gangs of Taiwan est l’œuvre coup de poing de Keff, qui marie avec une aisance rare le film de gangsters, la romance et l’action. On y suit Zhong-Han, un jeune Taïwanais muet, partagé entre deux vies : le jour, il travaille dans le restaurant familial ; la nuit, il rackette pour un gang local. Mais l’équilibre fragile de son quotidien s’effondre lorsqu’un homme d’affaires louche rachète le restaurant et met en péril tout ce qu’il aime. Dès lors, c’est une descente aux enfers inévitable, qui entraîne avec lui ses proches dans une spirale de violence et de perte.
Keff joue sur les changements de tempo : tantôt nerveux et sec dans les scènes de confrontation, tantôt tendre et ralenti dans les moments intimes. Cette alternance crée une narration organique et imprévisible, capable de passer d’un frisson d’action à un souffle de romance sans jamais casser l’immersion. Les personnages, qu’ils soient centraux ou secondaires, sont écrits avec une attention qui les rend tous attachants, ce qui rend leur chute encore plus déchirante.
Visuellement, Gangs of Taiwan est une claque. La photographie nocturne, les néons, la composition des plans… tout est pensé pour faire ressentir la moiteur, la tension et l’urgence de cet univers souterrain. Derrière le chaos des coups et des règlements de comptes, Keff signe un portrait profondément humain et tragique, où la loyauté et l’amour se heurtent aux rouages impitoyables de la criminalité.
Un film qui ne se contente pas de raconter une histoire de gang : il capte une époque, un climat politique, et les silences d’un homme qui se bat sans mots. Si tu aimes les œuvres qui bousculent les codes, qui te prennent aux tripes et continuent de hanter tes pensées longtemps après le générique, celui-ci est incontournable.