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le 25 mai 2026
SuivreSuspense poisseux
"Gentle Monster" sort de la salle avec vous. Pas dans le bon sens du terme , dans le sens d'une main froide posée sur l'épaule, d'un malaise qui colle à la peau longtemps après le générique. Marie...
"Gentle Monster" sort de la salle avec vous. Pas dans le bon sens du terme , dans le sens d'une main froide posée sur l'épaule, d'un malaise qui colle à la peau longtemps après le générique. Marie Kreutzer filme en plans fixes d'un bleu acier presque clinique, comme si la caméra refusait elle aussi de s'approcher trop près de ce qu'elle montre. Ce parti pris stylistique dit quelque chose de juste sur la pédophilie : on ne peut pas la regarder en face, on ne peut qu'en circonscrire les contours, en cartographier les dégâts.
Et les dégâts, c'est Lucy (Léa Seydoux), compositrice française débarquée dans la campagne bavaroise avec son compagnon et leur fils, qui se réveille un matin dans une vie qu'elle ne reconnaît plus. La brigade spécialisée frappe à la porte, embarque l'ordinateur, embarque Philip, le mari. « Monstre doux », c'est son pseudonyme sur les forums. Ce que Kreutzer capte avec une précision glaçante, c'est l'état de suspension dans lequel tombe une femme à qui l'on retire brutalement le sol sous les pieds. Pas un effondrement dramatique, une flottaison hébétée. Lucy cherche à savoir. A-t-il touché leur fils ? Était-il consommateur ou producteur ? Le film entretient le doute, mais ce doute finit par sembler un peu formel, presque un peu trop confortable.
La réalisatrice tient les hommes (le mari pédophile, le père atteint d'Alzheimer qui harcèle sa soignante, l'ami avocat) à bonne distance du cadre, comme des silhouettes à peine esquissées.
Michael Haneke ou Ulrich Seidl, dans la même veine du cinéma autrichien, auraient peut-être plongé plus profond dans l'horreur banale, plus loin dans l'opacité des âmes. Marie Kreutzer choisit la rétribution morale, les monstres sont absents, inexistants, - et ce choix, s'il se défend éthiquement -, laisse le film en deçà de ce qu'il semblait promettre. Un suspense poisseux, oui, mais qui tourne parfois un peu à vide.
Il n'empêche, ces deux heures de froid bavarois, de non-dits et de regard féminin sur l'indicible,
dérange, bouscule, colle à la peau. Ce n'est déjà pas rien.
Créée
le 25 mai 2026
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