Georgia fait partie de ces films où l'Amérique est montrée avec moins d'enrobage glamour : un film typique de Penn, en un certain sens.
Le portrait effectué fait tout l'intérêt de ce long métrage. Car d'histoire, il n'y en a pas trop, du moins, pas dans le sens dramaturgique du terme. On voit juste les vies de deux personnages plus particulièrement, évoluer au gré des vents hauts et bas de la vie. Mais en soi, il n'y a pas vraiment une histoire avec des enjeux bien précis permettant ainsi d'anticiper la fin.
C'est d'ailleurs un peu long sur la fin. Le spectateur est habitué à entrevoir une conclusion pour ses personnages, ici, rien ne prépare à cette fin ; autrement dit, le film aurait facilement pu être raccourci ou allongé en sucrant/ajoutant une ou deux scènes entre la première et la dernière.
La première chose qui permet de tenir bon : les personnages principaux. Georgia incarne l'espoir que tout ira bien. Elle-même n'a de cesse de remonter le moral de ses amis. Danilo incarne l'immigré qui cherche en vain le rêve américain. On pourrait aussi interpêter Georgia comme étant cette promesse de rêve. Un rêve qui se ment à lui même, car Georgia reste persuadée qu'elle fera de grandes choses et qu'elle aidera les gens à atteindre leur rêve. Le film se termine d'ailleurs sur un certain équilibre de vie ; c'est sans doute pessimiste sur le fond, mais c'est là le point de vue d'Arthur Penn.
L'autre raison qui permet au spectateur de s'accrocher tout au long de cette critique sociale mise en image, c'est justement la réalisation. Arthur a l'intelligence de film ça sans chichi, il ne passe pas plus de temps sur une scène qu'une autre. Finalement, le film renvoie l'image d'un zapping de 115 minutes, de telle manière qu'on finit toujours bien par arriver sur une chaîne, un moment de vie, qui nous intéressera. Ce procédé formel renvoie à la phrase dite par l'ami Rudy, paralysé des jambes : depuis les étoiles, on peut s'apercevoir que la vie est insignifiante. C'est à ça que renvoie le peu d'investissement temporel pour chaque scène. Tout va vite et tout est décousu car rien n'a d'importance, et on aura vite tout oublié.
Bref, un film pessimiste mais non dénué d'humour, un peu long, et dont le message prime sur la dramaturgie. Heureusement, Penn est sufffisamment intelligent pour rendre son histoire passionnante notamment en alliant forme et fond.