La Voie du Samouraï se trouve dans la mort.
Il faut méditer chaque jour sur la mort inévitable.
Chaque jour, le corps et l'esprit en paix,
On doit méditer sur la mort,
Déchiré par les flèches, les balles, les lances et les épées,
Emporté par les vagues déferlantes, Précipité au cœur d’un grand incendie, Frappé par la foudre, Broyé par un grand tremblement de terre,
Tombant du haut d’une falaise,
Emporté par une maladie,
Faisant seppuku à la mort de son maître.
Chaque jour sans exception, on doit se considérer comme mort.
Telle est en substance, la Voie du Samouraï.
1999, Jim Jarmusch dans toute sa splendeur...
Le cinéaste nous emmène dans un voyage initiatique où les références à l’Hagakure (loyauté et art de la guerre) parsèmeront l’ensemble du film, pour un personnage en marge, une sorte de Don Quichotte moderne. Un tueur à gages fonctionnant sur les valeurs du Japon féodal.
Comme l'affiche du film elle-même est synonyme du film, son titre Chien Fantôme renvoie à la symbolique guerrière des indiens et bien sûr à son film Dead Man mais contrairement, à celui-ci, où notre héros était dans le monde de l’au-delà, la mort ici est en attente...Et le ton sera encore d'une grande poésie.
A la solde d'un mafieux qui lui sauva la vie lorsqu’il était jeune, Ghost est condamné à mort après un contrat raté.
Louis ,son mentor, suivra lui aussi ses convictions dans la voie du crime et la rupture est inévitable.
A la fois grave et léger, entre scènes d'actions et contemplatives, un mélange de genre, sans défaut de rythme. Entre références japonaises, polar noir urbain et soupçon de western, pour signifier la fin d’une époque, une intrigue pourtant classique : amour perdu, solitude, vengeance, vie et mort du héros.
L’homme communique à l’aide de ses pigeons, vole des voitures, se ballade dans les rues désertes, il contemple la vie souvent la nuit, en retrait d'un monde corrompu où les valeurs disparaissent.
Il est tout ce qui a été perdu...
Il mènera sa guerre, il est bricoleur, il fabrique ses armes, il tue, il s’entraîne, parle peu, il médite et il lit beaucoup. Ses lectures le guident dans La voie...
S’imprégnant des préceptes du Hagakure, avec l’idée de sa propre mort comme seule compagne, il souhaite mourir dignement en samouraï.
Et ce sera justement son respect du code d’honneur qui finalement précipitera sa chute.
Une solitude définitive, mais n’en oubliant pas quelques touches d’humour et d'optimisme, notamment lors de la confrontation des deux antagonistes que sont Ghost et les mafieux, patauds et dépassés, ou dans ses discussions croisées et improbables avec le glacier (Isaac de Bankolé).
Le cinéaste joue de l’espace s’accompagnant de la musique hypnotique de RZA, de teintes bleutées, pour nombre de moments de grâce et d’abstraction servis par des travellings (voir aussi l'excellent Mystery train) et par des fondus enchaînés nous transportant avec fluidité et nostalgie dans le monde à part de Ghost.
La séquence d’entraînement sur le toit et sa façon de ranger son pistolet comme un katana pour un Forest Whitaker qui nous transporte. L'intrigue quant à elle, est parfaitement construite.
Un hymne à la liberté et une belle introduction par le vol d’un oiseau comme si nous étions dans son regard, survolant le monde, nous pose directement le personnage de Ghost. Hors du temps. Il rêve d’être un volatile et de se défaire de son enveloppe terrestre pour s’envoler. Comme à l’image de l’homme construisant un bateau sur le toit d’un immeuble, prêt à s’envoler lui aussi dans les nuages...
Un premier film largement accessible pour ceux qui ne connaissent pas le metteur en scène ou qui auraient du mal avec.
Comme dans les films Platoon d’Oliver Stone, Bird de Clint Eastwood ou encore l'excellent Smoke de Wayne Wang, le choix du metteur en scène est judicieux. Plus tard (à part Le dernier roi d’écosse) l’acteur n’aura que peu de rôle significatif, ne jouant que sur son aspect imposant et flegmatique.
Une raison de plus.