J’ai bien aimé Go. Le film possède cette énergie très particulière de la fin des années 1990 : musique électronique, montage rapide, personnages qui prennent de mauvaises décisions et une nuit qui devient de plus en plus absurde. Il n’invente rien de totalement nouveau, mais mélange efficacement comédie noire, thriller et récit de jeunesse.
Le film raconte la même nuit depuis plusieurs points de vue. Tout commence lorsque Ronna, une jeune femme qui a urgemment besoin d’argent, accepte de remplacer un collègue pour une vente de drogue. À partir de là, l’histoire se divise et suit plusieurs personnages dont les chemins finissent par se croiser.
La structure rappelle forcément Pulp Fiction. Pas vraiment par son contenu, mais par le récit fragmenté, les changements temporels et la manière dont des personnages secondaires deviennent les héros d’un autre segment. Ce n’est pas très original, mais cela fonctionne grâce au rythme imposé par Doug Liman.
La meilleure chose du film reste Sarah Polley. Ronna aurait pu n’être qu’une jeune femme de plus plongée dans les ennuis, mais Polley lui apporte de l’intelligence, de la fatigue, de la dureté et de la vulnérabilité. Elle agit sous la pression de l’argent, avec un mélange très crédible de courage et d’inconscience. Même lorsque le film devient plus excessif, elle conserve une vraie présence humaine.
Sa partie est également la plus tendue. On ne sait jamais jusqu’où la situation va aller ni comment elle pourra s’en sortir. Le film fonctionne mieux lorsqu’il reste avec Ronna, car derrière le chaos se trouve une nécessité réelle. Elle ne recherche pas les sensations fortes : elle doit payer son loyer et prend une décision qui lui échappe rapidement.
Les autres histoires possèdent aussi de bons moments. Simon et ses amis entraînent le film vers une comédie plus délirante, avec un voyage à Las Vegas qui devient une succession d’erreurs. Adam et Zack, eux, participent à une partie plus étrange, pleine d’identités cachées et de situations trompeuses.
Le casting réunit de nombreux visages connus, dont Katie Holmes, Timothy Olyphant, William Fichtner, Taye Diggs, Breckin Meyer et Jay Mohr. Tous trouvent leur place dans cet univers de jeunes personnages impulsifs et un peu perdus.
Tout n’est pas aussi réussi. L’histoire de Ronna est plus forte que les autres et certaines scènes semblent exister uniquement pour surprendre ou maintenir la vitesse. Le film cherche parfois trop à paraître moderne, ironique et stylisé.
Malgré cela, il n’est jamais ennuyeux. Il possède du rythme, de l’humour, de la tension et une bande-son qui représente parfaitement son époque. Doug Liman réalise avec beaucoup d’énergie et relie les différents récits sans que l’ensemble semble complètement artificiel.
Go est très marqué par son époque, mais fonctionne encore aujourd’hui. Le film est drôle, nerveux, parfois très sombre et suffisamment personnel pour ne pas rester une simple imitation. Et surtout, Sarah Polley fait de Ronna le personnage le plus humain et le plus mémorable.