Étudier le cinéma, c’est évidemment se confronter aux grands maîtres. Mais c’est aussi, parfois, plonger dans les errements de cinéastes dont les films deviennent, malgré eux, de fascinants objets d’étude. Depuis quelque temps, je m’aventure dans l’univers de Peter Hunt — et l’expérience relève presque de l’archéologie du désastre.
Pour situer les choses, je considère Au service de Sa Majesté comme le pire opus de la saga James Bond. Et si le film accumule les faiblesses, son principal défaut réside dans sa mise en scène. Hunt, monteur de formation, semble n’avoir jamais véritablement assimilé les fondamentaux de la réalisation.
Une scène en particulier cristallise ce problème : une bagarre en mer, filmée en contre-jour. Le découpage y est d’une approximation déconcertante, et pour masquer l’absence de lisibilité, Hunt accélère artificiellement l’image. Le résultat est contre-productif : non seulement l’action devient illisible, mais elle bascule involontairement dans le burlesque, évoquant davantage une poursuite de The Benny Hill Show qu’une séquence d’action digne de 007.
Le plus troublant, c’est que cette faute de goût devient une signature. Dans Gold, avec Roger Moore, Hunt reproduit quasiment à l’identique ce type de scène. Dès les premières minutes, le film trébuche : le spectateur est tenu à distance par une mise en scène défaillante. Le cadrage lui-même semble poser problème — Moore est régulièrement rejeté aux marges du cadre, comme si le cinéaste peinait à organiser son espace.
Et cette désorganisation visuelle contamine l’ensemble du film. Chaque tentative d’insuffler du rythme passe par le même procédé paresseux : l’accélération de l’image, encore et encore, jusqu’à transformer l’action en caricature involontaire.
Ce troisième film que je découvre de Hunt confirme une constante : une incapacité à penser la mise en scène autrement que comme un assemblage mécanique d’images. Même des détails anecdotiques — comme la perruque improbable de Ray Milland — finissent par participer à cette impression générale de naufrage.
Et pourtant, une question demeure, presque obsédante : comment un cinéaste aussi manifestement dépassé a-t-il pu obtenir, à plusieurs reprises, la confiance de producteurs ? C’est peut-être là que réside le véritable mystère — et, paradoxalement, ce qui rend son œuvre si étrangement captivante.