Un premier film, un petit budget, un réalisateur Ben Leonberg et son propre chien Indy, pour une revisite du mythe de la maison hantée. Mais tout du long, il s'agira du traumatisme vécu par un animal qui perd son humain. Premier point qui a tout son intérêt pour reprendre à son compte ce que les humains peuvent ressentir à la perte de leur animal et leur rendre un peu d'humanité ou du moins d'égalité et de remettre le vivant à sa juste place. Indy, calme et tranquille et pourtant incapable de ramener près de lui l'objet de son affection. Une situation incomprise pour Indy et pour nous téléspectateurs dans l'opacité du métrage qui apporte à cet exercice un attrait particulier. Il y a vraiment de beaux moments par toutes les prises de ce chien, dont il a fallu plus d'un an de tournage et une éducation canine bienveillante, pour capter les bonnes expressions et tout ce qui convoque les émotions.
Si on regrette que les animaux présents dans le cinéma vont et viennent, meurent dans l'indifférence du téléspectateur ou disparaissent du scénario oubliés dans la suite des événements, on suit Indy à sa hauteur de pattes, l'homme reste en second plan et le flou du propos fait son œuvre. Qu'est ce que ces ombres, ces mains, ces agressions pour Indy ? Indy semble percevoir une présence hostile, se bât contre sa chaîne, fuit pour mieux revenir sauver son maître mais rêve-t-il, voit-il des fantômes, ou se rassurerait-il d'une menace extérieure à la réalité pour mieux supporter la perte ?
Le réalisateur ne joue que sur les regards d'Indy, toujours concentré sans que l'on puisse bien savoir ce qu'il voit et ce qu'il pense., sans voix off, qui rajoute à la réussite, se ressent alors le transfert que nous faisons avec notre propre ressenti tout en offrant un cinéma assez intense par l'inquiétude perçue et un réel plaisir pour ce rôle principal. La lumière du film basée sur les perceptions réelles des couleurs par les chiens plutôt bleu que rouge et les tons qui contribuent à une ambiance doucereuse et froide, viennent se fondre aux ombres et lumières et aux décors familiers d'une habitation familiale qui se révèle pleine de recoins dangereux pour ajouter à la tension. Indy ne semble pas comprendre mais reste à l'affût des bruits imperceptibles et des variations de lumière, qui viennent compléter le sentiment d'être réceptif, seulement grâce aux réactions du chien.
Si le film manquerait d'originalité sur le propos (fantôme et maison hantée, porte qui se ferme, pluie battante et bruits suspects) il a le mérite de mettre en avant l'intelligence d'un animal ancré tout à son monde, pourtant soumis aux comportements de son maître, incapable d'en prendre vraiment soin. Et on s'agace de la facilité à laisser Indy dehors sous la pluie, mais cette sorte d'abandon irréfléchi rejoint la perte de repère de l'homme partant s'isoler et dérivant lentement vers la mort, laissant son chien seul mais pugnace à la sauvegarde.
Tout se passe par la perception sensorielle du chien, le genre de bruit auxquels nous ne faisons pas toujours attention, pour nous rappeler à notre nécessité d'écoute. On se rappelle nos chiens qui regardent un point fixe, ou une porte entre-ouverte et avec toute la confiance qu'on leur accorde par cette perception de l'invisible -peut-être fantasmée-, on est quand même pousser à nous lever rapidement pour vérifier.
Coup de cœur.