Good Boy
5.9
Good Boy

Film de Ben Leonberg (2025)

Good Boy, c’est le genre de film qu’on a envie d’aimer dès les premières secondes. L’idée est tellement simple qu’elle frôle le génie : raconter une descente aux enfers à travers le regard d’un chien. Un film vu littéralement à hauteur du meilleur ami de l'homme, sans voix off, sans pose, sans message, juste un chien - Indy - et son maître, Todd, en train de glisser lentement dans une maison qui pue la daube. C’est à la fois intime, métaphorique, un peu expérimental, et ça, mine de rien, c'était bien tenté, parce que qu'est ce qu'on en bouffe, des films qui montrent les crocs à base de tripes, de screamers, d'effets spéciaux incroyables et qui parviennent quand même à être écrit avec la queue (du chien). Good Boy fixe dans les yeux sans rien dire et plutôt que de culpabiliser et capitaliser... il attend.


Alors ce qu'il réussit toutou, c’est sa peau. Les plans sont nets, même plutôt beau. La photographie est contemplative avec un espèce de filtre fish eye discret et vient amplifier les couleurs automnales. La lumière est malade, souvent absente ou naturelle mais sale et aveuglante. Le silence respire, le son devient paranoïaque. Chaque craquement, chaque aboiement c'est un petite torsion dans le caleçon. Et au milieu de ce calme de mort, Indy, le chien du réalisateur, fait un boulot d’acteur impeccable. Il comprend avant nous. Il sent la folie de Todd, l’odeur du vide, de la mort qui émane de lui, et la couleur de la peur. Et là, le film marche. Mieux : il aboit.

Mais voilà. Good Boy, c’est un marathon sur une seule jambe. Une fois qu’on a pigé le concept, il n’y a presque plus rien à mordre.

Le film s’enfonce dans son propre silence, tourne sur lui-même, et finit par se mordre la queue comme un court-métrage qu’on aurait gonflé au formol pour durer une heure de plus. On sent la bonne volonté, la sincérité, la vraie envie de cinéma. Mais on sent aussi le manque d’écriture. Pas de montée, pas de rupture, pas d'élement déclencheur ou même d’enjeu. Le personnage de Todd devient un fantôme avant d’avoir existé, et l’intrigue, si on peut encore l’appeler comme ça, se contente de regarder Indy observer son maître perdre pied. Et si ça devait suffire, ça ne suffit pas. Parce qu’au bout de vingt minutes, la mise en scène ne surprend plus, les symboles s’épuisent, et la tension initiale se dissout dans la mollesse.


Et puis ces effets spéciaux, qu’on voudrait ne pas voir, mais qu’on voit quand même. Trop timides, trop “indé fauché”, trop propres pour être dérangeants. On sent la bonne idée derrière, mais pas la folie. Les visions, les apparitions, tout ce qui devrait terrifier devient décoratif. C’est là que Good Boy donne la patte : il veut être suggestif, il devient simplement plat. La peur n’est plus une sensation, c’est un concept. Et le film, au lieu de s’abîmer dans la transe, reste au seuil, poli, sage, inoffensif.


Mais impossible de le détester putain, parce qu’il reste quelque chose, une sincérité bizarre, une douceur et des oilps dans la baignoire. Ce film n’a pas de cynisme. Il veut parler de la maladie, de la dévotion, de la manière dont un animal absorbe la tristesse humaine sans jamais la comprendre. Et parfois, ça touche. Parce que derrière le chien, c’est l’amour simple qu’on regarde, celui qui reste quand tout part en sucette. Mais voilà, l'histoire n'y est pas et le film vient mourir maladroitement comme un dernier souffle. Juste un adieu muet. Une fin qui aurait pu prendre le parti-pris du twist ou autre, si tout avant n’avait pas été aussi timide.


Good Boy est un film malade, littéralement. Un film qui a toutes les cellules d’une belle idée mais pas le sang pour la faire circuler. Il essaye d’être sensoriel, il finit anesthésié. Mais au moins, il essaye. Et dans un genre saturé de films “pro” et creux, c'est louable mais c'est trop peu ambitieux pour une idée aussi géniale.

Un film qui nous fait tout simplement penser qu'on a les crocs même s'il reste là, dans un coin de la tête. Pas un bon film du coup, mais un film honnête et loyal ce qui est souvent plus rare qu’un bon film, mais qui manque cruellement de panache et d'ambition.

De toute façon je préfère les chats.

bloodborne
5
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le 8 oct. 2025

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bloodborne

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