Les Parcs d’attractions désenchantés des Frères Safdie

Comparer le nouveau film des frères Safdie, Good Time – et par extension l’ensemble de leur cinéma –, à un grand parc d’attractions désenchanté n’est pas une chose aisée. Tout ce qui est lié de près ou de loin au concept ludique du parc d’attractions porte habituellement une connotation péjorative. Divertissement pur, règne de l’illusion, arène moderne de la consommation et de la dictature de la jouissance, les parcs d’attractions sont appréciés du plus grand nombre jusqu’à un certain point. Ils deviennent en effet le symbole d’une expérience pauvre, certes réjouissante au premier degré, mais au final artificielle. La critique de cinéma ne s’est jamais privée d’utiliser une analogie avec le divertissement décérébré de masse pour condamner moralement des films qui ne prendraient pas assez de distance avec leur sujet à force de trop s’immerger dedans. Nous regrouperons ce type de films sous une appellation unique et arbitraire, proche de l’usage qu’en font les écrits sur le cinéma, faute de mieux : le « cinéma d’immersion ». Celui-ci regroupe des films très différents qui ont en commun, de manière superficielle, la volonté de plonger tête baissée, bien souvent caméra à l’épaule, dans le monde où évoluent les personnages. On retrouve régulièrement sous la plume des critiques un reproche esthétique formulé à l’adresse de ce cinéma d’immersion : celui-ci se confondrait avec un parc d’attractions miniature singeant un rapport plus complexe à la réalité. Il ne proposerait qu’un vulgaire simulacre, privé de nuance et de supplément d’âme, se rapprochant ainsi maladroitement de la pauvreté perceptive du parc d’attractions. Or, avec Good Time, les frères Safdie continuent d’explorer une forme de cinéma d’immersion qui se rapproche assez nettement du dispositif d’un parc attractions. À cette différence qu’ils travaillent sur une forme de parc désenchanté. En inversant les perspectives, les deux cinéastes proposent en effet un jeu de miroir où l’immersion dans la réalité se transforme en jeu lugubre, la ville devenant un grand terrain de jeu reflétant le cauchemar éveillé dans lequel sont embarqués les personnages. (...)


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le 17 oct. 2017

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