Mémoires d'une revenante - Jour 20

--- Bonsoir, voyageur égaré. Te voila arrivé sur une critique un peu particulière: celle-ci s'inscrit dans une étrange série mi-critique, mi-narrative, mi-expérience. Plus précisément, tu es là au vingtième épisode de la huitième saison. Si tu veux reprendre la série à sa saison 1, le sommaire est ici :

https://www.senscritique.com/liste/Vampire_s_new_groove/1407163

Et si tu préfères juste le sommaire de la saison en cour, il est là :

https://www.senscritique.com/liste/soul_s/3323463

Et si tu ne veux rien de tout ça, je m'excuse pour les parties narratives de cette critique qui te sembleront bien inutiles...---


Mais qu'est-ce qui se passe avec Gothika ? Qu'est-ce qui se passe entre moi et le reste du monde ? Est-ce que je suis devenue complètement dingue, ou complètement stupide ? Pourquoi je suis la seule à trouver ça extraordinaire ? Pourquoi l'intégralité de SensCritique s'acharne sur ce film ?

Il y a des films qui clivent c'est vrai, il y a des films que j'ai détesté mais pour lesquels je peux comprendre que d'autres aient adoré, ou l'inverse, il y a des films qui ont besoin d'être vus dans certaines conditions pour être appréciés, mais là je n'arrive pas à comprendre la haine qu'il engendre (la haine, vous l'avez ?). Moi j'ai trouvé ce film excellent. Je vais même aller plus loin dans le fait de me faire des ennemis, mais je dirais même que c'est un des meilleurs films de fantôme que j'ai vu depuis le début du mois. Parce que en plus de son fantôme qui se défend franchement pas mal, c'est au delà de ça et avant tout un excellent film d'horreur, et un excellent film tout court, et surtout : un brillantissime film de monstre. Comme je les aimes, avec des rôles qui s'inversent, la question d'y croire ou non, la question de la démence, la question surtout de savoir qui de l'humain ou de la créature est le monstre, le créé ou le créateur ? A la fois vous argumenterez que c'est archi-classique, à la fois j'argumenterai que quand c'est bien fait c'est toujours un plaisir de se replonger dans un sujet aussi complexe et aussi sensible, surtout ce soir où c'est revisité dans un contexte que je n'avais encore jamais vu. Car oui, c'est la première fois que je vois le thème du fantôme aborder tous ces thèmes, et notamment celui de la folie, que je suis très étonné de ne rencontrer pour la première fois que ce soir. Là où la sirène de la précédente édition semblait impossible à concevoir ailleurs que dans l'imagination d'un enfant ou dans l'hallucination d'un adulte, le fantôme à l'inverse est archi-rationnel depuis le début du mois. Il est là, il existe, et personne ne remet en doute son existence. Tu vois des fantômes = les fantômes existent, fin de la discussion. Bon certes je parle un peu vite, il y a eu La Maison de la Peur et L'Aventure de Mme Muir qui laissaient la liberté à leurs spectateurs d'interpréter le film de la manière dont il voulait. Et certes j'avais choisi l'issue "tout est dans sa tête, les fantômes n'existent pas", mais dans aucun des deux cas cette issue n'était la plus évidente, et elle niait quand même plusieurs gros indices allant dans l'autre sens. Là ce n'est pas une petite fantaisie rajoutée sur le gâteau, c'est un ingrédient essentiel, tout du long on se demande "est-elle folle ou est-ce réel ?" Le plus gros défaut du film étant d'ailleurs le fait que Halle "Scully" Berry ne doute jamais vraiment profondément de sa santé mentale. A part ça c'est un sans faute, le rythme est haletant, ça va de plot twist en révélation, sans jamais que rien ne soit prévisible, et pourtant sans pour autant être capillotracté, à la fin l'histoire est assez simple même, c'est la façon dont elle est racontée qui la rend absolument passionnante. L'horreur est peut-être un peu basique, certes le fantôme, certes le meurtre sanglant, certes l'hopital psychiatrique, mais en fait ça marche, alors pourquoi se priver ? Et en plus Kassovitz n'a à aucun moment recours au jump scare. Et surtout le film parle de viol en 2003 et n'est cringe à aucun moment. Déjà ça c'est un exploit, mais en plus il est même un peu en avance sur son temps, à prendre complètement à contre-pied le discours de la femme hystérique, à accuser très frontalement les proches et les soignants qui refusent de croire les victimes, à faire du rape & revenge à la fois complètement tordu et en même temps assez jouissif, où les femmes se donnent justice pour elle même, et où les hommes sont les légumes inutiles qu'ils sont quand ils ne sont pas les agresseurs eux-mêmes. Robert Downey Jr. qui arrive après la bataille, se jeter contre une vitre en ayant d'autre pouvoir que celui de prononcer muettement "I'm sorry", pardon mais c'est magistral. D'ailleurs ce casting cinq étoiles est à la hauteur de sa réputation, à commencer par Halle Berry qui incarne avec justesse un personnage complexe, à la fois farouche et égoïste, et en même temps complètement démuni face à la tragédie qu'elle traverse. Je me permet d'ailleurs un petit écart pour insulter la communauté SensCritique, qui mérite sur ce coup là : j'ai parcouru les critiques négatives, j'ai cherché à comprendre, vraiment, ce que j'avais manqué et qui rendait le film si épouvantable à leurs yeux. Et je suis tombée assez souvent sur "Halle Berry fait du Halle Berry", "Halle Berry reste à sa place d'actrice de bas étage" et autre paraphrase de la même idée. Les gens. Halle Berry elle a gagné un Oscar de la meilleur actrice l'année précédente. Elle a été la première comédienne de couleur à remporter ce prix, vous vous rendez compte à quel point vous avez l'air racistes en écrivant des horreurs pareil ? BREF.

Pareil, dans les critiques parfaitement absurdes qui reviennent très souvent il y a le fait que le film est tourné au steadycam. Oui. Et alors ? Oui c'est joli. Et alors, c'est interdit ? Parce que c'est pas gratuit du tout en plus, le steadycam c'est l'outil du fantôme, tous les chef·fe·s opérateur·rice·s du monde vous le diront, c'est peut-être même dans la définition de l'outil, ce flottement, cette stabilité étrange, cette caméra en suspens sur le vide, c'est le meilleur outil pour donner un côté fantomatique à son image. Guess what ? Le film parle d'une femme qui est possédée par un fantôme ! EVIDEMMENT que le film est au steadycam, c'est à la fois aussi évident que brillant, c'est jusqu'au-boutiste dans la démarche en étant continuellement au steadycam, mais ça met le spectateur dans cette position étrange, à la fois voyeuriste et déroutant d'être lui-même le fantôme qui la tourmente. Oui, et l'image et le son sont extrêmement maniériste en ce sens qu'ils sont absolument subjectifs : on est dans son corps, dans sa tête, dans sa prétendue folie, exactement comme le fantôme. Comment peut-on utiliser ça comme un argument pour décrédibiliser le film ?!

Zalya
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le 16 nov. 2025

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