Opérer un mélange de social et de fantastique au cinéma, c'est possible, mais un peu difficile, quand même. C'est à quoi s'emploie Akihiro Hata, cinéaste japonais installé en France, dans un premier long métrage, Grand Ciel, qui pose plus de questions qu'il n'en résout, mais le geste est volontaire. Le côté social, d'abord, est le plus explicite et tout aussi convaincant, au sein d'un grand chantier où se côtoient des ouvriers plus ou moins interchangeables, aux yeux de leur direction, qu'ils soient avec ou sans papiers. Le film montre bien les rapports de force, la difficulté de la solidarité et le fait que le monde de travail impacte sérieusement les relations humaines, y compris au sein de la famille ou sur le plan sentimental. Le cinéaste, qui est fasciné par les chantiers de construction nocturnes, qui nourrissent son imaginaire, a donc ajouté un caractère fantastique et sépulcral à son scénario, ce qui augmente d'autant plus notre intérêt avec le suspense qui en découle, mais pour la clarté des événements, c'est à chacun de trouver sa propre explication, ou alors, laisse béton ! En d'autres termes, il y a comme une frustration qui s'invite à l'issue de la projection, en dépit d'une interprétation aux petits oignons, dominée par les toujours remarquables Damien Bonnard et Samir Guesmi, entre autres.