C’est certain, « Grand ciel » n’est pas une œuvre que l’on voit tous les jours. De par son décor, son traitement ou encore son ambiance, ce premier long-métrage interpelle. Le film se déroule sur un énorme chantier de construction et prend pour personnages des ouvriers du BTP dont la plupart sont des immigrés ou des sans-papiers. Quand l’un d’eux va disparaître puis un autre, les autres vont commencer à se poser des questions. On va alors alterner l’œuvre à portée sociale sur le sort des étrangers exploités dans ce type de métier sans vergogne et un suspense pour comprendre ce qui se passe vraiment sur ce chantier. Il faut avouer que le mélange des deux ne prend pas toujours. Les deux versants du film nous happent mais très sporadiquement. Si le côté mystère parvient à nous captiver par intermittences et que l’on veut savoir ce qui se trame, le côté thriller peine à se mettre véritablement en route. Pour ce qui est de l’immersion dans le monde des immenses chantiers, elle est très réaliste et bien mise en scène mais demeure bien trop en surface pour être vraiment passionnante. Et jamais ces deux aspects se marient totalement entre eux, rendant « Grand ciel » un tantinet bicéphale bien que l’intrigue fût prometteuse et que l’ensemble s’avère être audacieux. Il y a donc ici un long-métrage étonnant mais inabouti qui laisse un goût amer et frustrant.
On sent sur bien des aspects les origines japonaises du réalisateur installé en France depuis vingt ans quand il infuse une pointe de surnaturel dans le traitement de son sujet. Néanmoins, ces petites touches d’inspiration nippones ne fonctionnent pas vraiment et rajoute un ingrédient de plus dans une sauce qui ne prend pas. On pense surtout à cette fin abrupte qui n’est vraiment pas convaincante. L’ambiance anxiogène lorsque les ouvriers descendent dans les abysses du chantier est très réussie que ce soit formellement ou grâce à la bande sonore. Encore un peu et on penserait à ces films sur les mineurs comme « Germinal » où la métaphore de la bête est incarnée par la mine, tandis qu’ici ce serait les sous-sols de Grand Ciel. C’est très réussi et les petites marques ancrées dans cette atmosphère étrange qui épousent le surnaturel passent bien. C’est claustrophobique et angoissant mais l’épilogue fonce trop dedans et va droit dans le mur nous laissant un goût mitigé. En outre, « Grand ciel » adopte un rythme très monotone et un schéma narratif redondant alternant de manière trop mécanique, les scènes de la vie privée du personnage de Damien Bonnard (dans un jeu toute en intériorité) et celles sur le chantier. On notera que les atermoiements du personnage principal entre son humanité et sa solidarité s’opposant à son envie de grimper dans la hiérarchie sont bien retranscrites. Il n’en demeure pas moins que c’est une œuvre peu commune et courageuse mais pas totalement réussie et pertinente dans l’ensemble.
Plus de critiques cinéma sur ma page Facebook Ciné Ma Passion.