Great Jailbreak
7.1
Great Jailbreak

Film de Teruo Ishii (1975)

Enfant perdu et tardif d'une série de 19 films de prison avec Ken Takakura.

Décevant film composite entre l'évasion de prison, la romance entre réprouvés et le film de vengeance, composite en trois temps successifs plutôt qu'en simultanéité, décevant malgré l'attractivité d'avoir en tête d'affiche Ken Takakura en héros criminel chevaleresque comme toujours et, en appoint, l'autre star des films d'action de l'époque Bunta Sugawara, "bad boy" comme toujours (ici loyal malgré son amertume).

On suit avec intérêt la premiere partie dans la prison et l'évasion sous la neige du groupe hétérogène de fugitifs. Outre les beaux plans et cadrages, on est surpris et intéressé par le naturalisme dans certaines séquences de survie, ce qui pourrait annoncer une narration originale (par exemple, le préservatif qui sert de bouilloire à urine chaude, ou les rats comme alimentation alternative...) .

Mais on est surpris et désappointé par l'articulation invraisemblable avec la seconde partie : sont incompréhensibles l'attitude du héros en fuite (qui s'installe au lieu de fuir, y compris après avoir commis le meurtre d'un délateur) et celle de ses poursuivants ou de la police du coin (qui le cherchent lui mais en attrapent un autre).

On comprend qu'il faut à tout prix au public une romance et ma foi, pourquoi pas ? Leur relation est mignonne - l'homme en fuite sauve une stripteaseuse malade égarée dans la neige - n'échappe pas aux précisions naturalistes des examens médicaux, et elle reste malgré tout platonique ("garde bien la clef de ton coeur" dira l'homme à la femme qui veut le séduire). On supporte sans doute cette bluette car pour nous l'exotisme des codes de communication entre japonais rend acceptable ce qui dans un film européen eut semblé ridicule.

On attend alors le final, le troisième temps, celui de la vengeance, car on espère alors que ce cinéma populaire japonais va nous en faire voir, comme souvent, entre originalité et virtuosité. Hélas, on n'est pas dans la maison de Kenji Fukasaku. La narration coud de fil blanc les séquences et elle enjambe ce qui peut gêner sa progression en ignorant la légitimité des étapes ou des flashbacks crédibles. Il s'agit d'atteindre un final qui fait parler les armes entre d'une part les deux héros, des criminels sympathiques, et d'autre part une bande de gangsters, des criminels très malfaisants, dans un train en mouvement, ce qui annoncerait du spectaculaire. Mais on ne reçoit que de "l'exploitation" bas de gamme. Le seul intérêt de cette bataille sans queue ni tête où les protagonistes se supplient où se lancent des invectives inutiles avant de tirailler est le côté gore rigolo des impacts de balles sur les méchants (dont l'habituel Kunie Tanaka, gueule ravagée, équivalent de Jack Elam dans les westerns), avec ce rouge vermillon qui jaillit, fuse ou explose.

Remarque du jour :

On insiste sur le fait que cette reprise en 1975 de la franchise Abashiri Prison terminée en 1972 (dix-huit films au compteur, tous avec Ken Takakura, dont 10 du réalisateur Teruo Ishii entre 1965 et 1967), est une évocation fidèle de ses stéréotypes : évasion dans la neige, beaux cadrages, romance et action. Ce 19eme film décevant, "enfant perdu" de la série (belle expression de l'historien du cinéma japonais Julien Seveon qui apprécie beaucoup le film) est sans doute redevable au succès populaire massif et inespéré qu'avait eu le premier opus de 1965, succès qui a généré la collection, un film qu'il nous reste à découvrir. Le seul moyen pour ceux comme moi qui ne parlent pas le japonais est de lire le Bluray avec sous-titres anglais qui contient les trois premièrs épisodes.

Michael-Faure
5
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le 23 mai 2026

Critique lue 23 fois

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