Dès les premières minutes, le film vous aspire dans un déluge sensoriel incessant que ce soit par les couleurs ultra saturées, les effets spéciaux artisanaux complètement déjantés, le montage hystérique qui explose toute notion de classicisme.
La légende traditionnelle du Serpent Blanc raconte l'histoire de deux serpents démoniaques qui vont prendre l'apparence de deux charmantes jeunes femmes et tenter de vivre comme de simples mortels, découvrir les joies, les peines et surtout la nature de l'Homme.
Tsui Hark se fiche royalement de la narration linéaire. Il empile les idées folles, les ruptures de ton. Chaque plan déborde d’excès, chaque image flirte avec la surcharge.
Les combats sont complètement fous. Ils ne se contentent pas d’opposer des corps, ils dialoguent avec les décors et les détruisent. Les murs explosent, l’espace se déforme, les mouvements deviennent presque abstraits. La chorégraphie est d’une beauté absolu, plus proche d’une danse chaotique que d’un affrontement classique. Chaque combat est une extension du délire visuel, un moment où le décor lui même semble possédé par le désir et la violence.
Au centre de ce tourbillon, Joey Wong et Maggie Cheung crament la pellicule. Joey Wong, en Serpent Blanc, reste d’un magnétisme hypnotique. Maggie Cheung, en Serpent Vert, explose de sensualité brute et de rage. Leur alchimie donne au film sa vraie chair émotionnelle. Green Snake parle d’amour, de tentation, d’illusion et surtout du prix terrible à payer pour vouloir devenir humain.
Car derrière le délire visuel, le film pose une question existentielle profonde : qu’est ce que ressentir vraiment ? Aimer, désirer, souffrir…bénédiction ou malédiction ? Tsui Hark refuse toute romantisation facile. Le désir apparaît comme une force à la fois libératrice et destructrice, une énergie incontrôlable qui élève autant qu’elle consume.
Visuellement, c’est une orgie assumée avec des décors luxuriants qui dégoulinent de détails, des costumes somptueux, des effets spéciaux naviguant joyeusement entre le sublime et le kitsch revendiqué. La bande son épique et envoûtante accompagne le torrent d’images sans jamais l’étouffer contribuant à une expérience totalement immersive, presque hypnotique.
Green Snake c’est le cinéma hongkongais des années 90 à son sommet libre, excessif et qui est audacieux, délicieusement irresponsable. Un film qui ose absolument tout, refuse les conventions et balance son énergie à pleine puissance sans jamais s’excuser.
Un feu d’artifice de couleurs, de passion et de folie pure qui vous laisse sonné. Tsui Hark lâche tout et ça marche magistralement.
Un chef d’œuvre absolu.