"Il y avait de quoi être surpris — et même sincèrement satisfait — par Greenland : le dernier refuge. Série B catastrophe portée par un Gerard Butler débarrassé de l’héroïsme bourrin que Ric Roman Waugh affectionne habituellement (Infiltré, La chute du président, Kandahar et prochainement avec Shelter), le film trouvait un équilibre inattendu entre le souffle fataliste de Deep Impact et la frontalité émotionnelle de The Impossible. Il flirtait avec une forme d’horreur sourde, observant ce qu’il reste de la nature humaine lorsque la fin du monde devient une certitude. Dans une course effrénée pour mettre sa famille à l’abri de l’impact d’une comète, John Garrity entreprenait alors un voyage périlleux vers un bunker au Groenland, donnant naissance à un récit tendu, incarné et presque viscéral."
"Cinq ans plus tard, Greenland : Migration reprend un postulat théoriquement vertigineux : le bunker n’est plus sûr, la Terre reste hostile, et les survivants doivent à nouveau se mettre en mouvement. Tempêtes climatiques, atmosphère contaminée, exode forcé vers une hypothétique terre habitable… Tous les ingrédients sont réunis pour prolonger le récit vers quelque chose de plus ample, de plus politique, voire de plus tragique. Mais là où le premier film avançait avec une urgence presque primitive, cette suite semble constamment hésiter entre le grand spectacle et un discours intimiste, sans jamais parvenir à les faire converger."
"Le film devient paradoxalement plus digeste lorsqu’il cesse de s’encombrer de justifications pseudo-scientifiques. L’idée d’une terre redevenue verte au point d’impact de la comète relève davantage du fantasme que d’un véritable enjeu dramaturgique. Ce « paradis » promis n’est jamais réellement interrogé, ni mis en tension avec la violence qui continue de régner autour. Le concept existe, mais il n’est ni incarné, ni confronté, laissant une impression de décor théorique plaqué sur un récit qui n’ose pas en explorer les conséquences. Cette impression de superficialité se prolonge sur le plan visuel. Greenland : Migration est un film étonnamment laid, notamment dans ses plans larges, souvent plats, grisâtres, sans composition ni souffle. Là où le premier opus parvenait à instaurer une sensation d’échelle et de menace à hauteur d’homme, la mise en scène se contente ici d’illustrer les situations sans jamais les dramatiser."
"Greenland : le dernier refuge pouvait rester un one shot. Il se suffisait amplement à lui-même. Migration, lui, donne l’impression d’un prolongement mécanique, privé de l’urgence, de la sincérité et de la rudesse qui faisaient la force du premier film. Plus proche d’un exercice de survie balisé que d’un véritable drame sur la persistance de l’espoir humain, le film s’épuise à répéter ses motifs sans jamais les approfondir. À défaut de catastrophe, il ne reste qu’un déplacement sans véritable destination."
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