Honnêtement, le premier Greenland était plutôt une bonne surprise : des twists efficaces, un rythme tendu, une angoisse bien partagée autour de cette famille déjà fissurée, soudain livrée au chaos total. Un vrai sentiment d’urgence, de fragilité, de hasard brutal. Je lui avais mis 8, sans trop hésiter. Là, on est plutôt sur un 5, et encore… c’est généreux.

On dit souvent que les films d’aujourd’hui sont trop longs. Ici, on a peut-être l’inverse du problème. À peine 1h40 pour raconter une migration de 4 400 km, ça oblige le récit à cavaler et à empiler les raccourcis. Des raccourcis faciles. Parfois très faciles.

Nathan est toujours diabétique (logique), mais franchement… ce n’est plus un sujet. Pas une seule vraie alerte, pas une hypoglycémie, rien. Le diabète devient un simple détail biographique, plus une contrainte dramatique. Tous les véhicules croisés ont des réservoirs miraculeusement pleins, fonctionnent parfaitement, sans panne ni souci logistique. Les courants marins, eux, font preuve d’une précision chirurgicale : ils poussent toujours pile là où il faut. À ce niveau-là, la chance n’est plus un facteur de survie, c’est une compétence.

Quant à la résilience de la famille Garrity… elle frôle l’exploit sportif. Le bunker s’effondre, ils sont secoués, écrasés, épuisés — et deux scènes plus tard, ils vont très bien. Ils ont dû faire de l’Hyrox pendant l’hibernation. Ou suivre un programme de “post-apo crossfit”. Bon, j’en passe : il y aurait encore une belle liste de facilités du même tonneau. Et puis on ne comprend jamais vraiment pourquoi les conflits armés surgissent ici ou là, ni ces incohérences géographiques assumées sans explication — le cratère, par exemple, qui ne subit aucun dégât. C’est presque divin.


Et puis il y a le laïus de fin. Là, on bascule clairement. On n’est plus dans la survie, on est dans la brochure de valeurs universelles, lue à voix haute pendant que la musique t’explique ce que tu dois ressentir. Le film ne fait plus confiance ni à ses images ni à son public. Il appuie. Fort. Trop fort. On y ajoute même un petit focus religieux : Nathan semble ne rien comprendre aux rituels entourant la mort, mais la clarté divine viendra opportunément l’éclairer, dans une scène au pathos bien chargé, histoire d’être sûr que le message passe.


C’est souvent ce qui arrive après un premier succès : on remet le couvert, on augmente le budget, et le spectacle prend le pas sur l’écriture. Résultat : on sort de la salle sans véritable émotion, avec surtout quelques ricanements mentaux face aux invraisemblances accumulées. Il reste bien quelques moments surprenants, plutôt bien dosés, mais ils sont noyés dans l’ensemble. Et puis cette vision de l’humanité qui, même après l’apocalypse, ne ferait que poursuivre mécaniquement sa pulsion d’autodestruction, sans jamais envisager une seconde que l’inverse puisse émerger… ça commence sérieusement à fatiguer. À force, ce n’est plus pessimiste. C’est paresseux.

Kerven
5
Écrit par

Créée

le 15 janv. 2026

Critique lue 172 fois

Kerven

Écrit par

Critique lue 172 fois

5
1

D'autres avis sur Greenland: Migration

Greenland: Migration

Greenland: Migration

1

phame

40 critiques

Le monde brûle, je m’ennuie

J’ai trouvé Greenland : Migration pénible, médiocre : c'est juste un film avec un empilement de scènes de catastrophes, sans aucune intensité.Dans le premier, la tension venait d’un truc très...

le 15 janv. 2026

Greenland: Migration

Greenland: Migration

6

Nestevan

7 critiques

Un survival familial efficace

Comme on dit, ça fait le job. Notre ami Gerard Butler reste fidèle à lui-même, dans son rôle habituel de gros nounours protecteur de sa famille, mêlant force brute et sensibilité — un peu comme un...

le 17 janv. 2026

Greenland: Migration

Greenland: Migration

5

jinjean-4

1 critique

Plus grand, plus cher, mais pas meilleur

Oui, le budget est visible à l’écran dans Greenland : Migration, comparé au premier film. Les effets spéciaux sont globalement réussis, parfois même impressionnants, et les décors...

le 16 janv. 2026

Du même critique

Louis Theroux - Plongée dans la Manosphère

Louis Theroux - Plongée dans la Manosphère

6

Kerven

300 critiques

Dans les jupes de maman

J'ai tenté de comprendre ce qui pouvait engendrer ce masculinisme à la con qui semble tenter quelques mâles alpha...Je ne peux pas dire que Louis Theroux m'en ai apporté la réponse, il reste trop à...

le 17 mars 2026

Hellbound

Hellbound

9

Kerven

300 critiques

Métaphysique coréenne

"Dernier train pour Busan" n'était pas exceptionnel mais tenait la route, avec une réalisation à la hauteur. Cette fois Yeon Sang-Ho s'affranchit totalement des codes habituels. Et si la réalisation...

le 20 nov. 2021

Néro

Néro

7

Kerven

300 critiques

Une saison 2 sera bienvenue

Au premier épisode, j’ai commencé par trouver ça un peu kitsch ; un mélange de cape, de poussière et de dialogues un peu appuyés ; mais rapidement, la série finit par prendre. Et même plutôt...

le 12 oct. 2025