Gretel et Hansel
6.1
Gretel et Hansel

Film de Oz Perkins (2020)

Voir le film

Gretel & Hansel cristallise à lui seul la beauté figée et inerte de ce sillon du cinéma d’épouvante notamment creusé par Ari Aster, qui évacue tout désir, toute sensibilité, toute humanité pour ne conserver que l’enveloppe esthétique, somme de mouvements mécaniques que la mise en scène s’efforce d’iconiser à grands coups de lumières colorées et de plans cadrés. C’est le pan géométrique du cinéma d’épouvante, son pan le plus impersonnel, en ce sens où il efface les traces susceptibles de le raccorder à la personne pour ne flatter que l’esprit – si tant est qu’il réfléchisse. Car la grande limite d’une telle approche, c’est de prendre en otage le spectateur en le perdant dans une forêt non pas de signes (à déchiffrer selon sa personne) mais de symboles, de codes que le réalisateur sème à droite à gauche pour donner l’illusion d’une profondeur.


Et le long métrage d’Osgood Perkins n’échappe guère à cette artificialité congénitale, pour ne pas dire bêtise : il se trahit par un goût prononcé pour la voix off moralisatrice qui déclame des vérités pseudo-philosophiques décalquées sur les sacs de courses vendus dans les magasins – « suis ton chemin, toi seul(e) en es capable », « tout pouvoir dépend ce que tu en fais » –, sentences à deux balles qui ramènent cette boursouflure contemplative à son point de départ. Non que le travail de l’image laisse à désirer ; au contraire, les plans sont soigneusement composés. Mais à quoi bon construire une ambiance mystique si ce n’est pas pour porter un mystère, pour descendre dans les profondeurs de l’humain, dans son besoin de créer des fictions dans lesquelles vivre ? L’angle d’approche féministe, martelé pendant une heure et demie, se cantonne néanmoins à la première ligne de la thèse défendue par Jules Michelet dans La Sorcière (1862) : que les sorcières sont en réalité des femmes victimes d’une société religieuse fanatique qui, en les persécutant, assoie son pouvoir de domination. Le réalisateur actualise la chose en écartant le contexte religieux – erreur – pour ne taper que sur les méchants hommes et leur patriarcat. Méchants, méchants hommes. Bouffons-les pour nous venger.


Sans effrayer ni intriguer, Gretel & Hansel suit une trajectoire linéaire aussi esthétiquement belle que terriblement vide. Mieux vaut revoir Hansel et Gretel : Witch Hunters (Tommy Wirkola, 2013) : au moins, on s’amuse.

Créée

le 11 avr. 2020

Critique lue 1.4K fois

Critique lue 1.4K fois

15
2

D'autres avis sur Gretel et Hansel

Gretel et Hansel

Gretel et Hansel

6

Peeping_Stork

392 critiques

Gretel & Hansel (Osgood Perkins, U.S.A, 2020, 1h27)

Déjà auteur du pas terrible ‘’I Am the Pretty Thing That Lives in the House’’ pour Netflix en 2016, Osgood Perkins revient aux affaires avec une version new-Age du conte Hansel & Gretel des...

le 8 avr. 2020

Gretel et Hansel

Gretel et Hansel

7

RedArrow

1231 critiques

Le conte d'Oz

Bon, le troisième long-métrage d'Oz Perkins ne réserve pas trop de surprises quant au sous-texte à interpréter sur le fond de la proposition : Gretel n'est évidemment pas en première position dans le...

le 12 avr. 2020

Gretel et Hansel

Gretel et Hansel

6

cadreum

1062 critiques

Hybridité, conte macabre et tension

Avant l'arrivée de Longlegs, Hansel & Gretel s’impose comme l’œuvre la plus aboutie d’Oz Perkins. Pour la première fois, il propose une intrigue claire et mieux construite, ancrée dans un récit...

le 9 janv. 2025

Du même critique

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

2

Fêtons_le_cinéma

3801 critiques

L’Empire sous-attaque

Nous ne cessons de nous demander, deux heures durant, pour quel public Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu a été réalisé. Trop woke pour les Gaulois, trop gaulois pour les wokes, leurs aventures...

le 1 févr. 2023

Sex Education

Sex Education

3

Fêtons_le_cinéma

3801 critiques

L'Ecole Netflix

Il est une scène dans le sixième épisode où Maeve retrouve le pull de son ami Otis et le respire tendrement ; nous, spectateurs, savons qu’il s’agit du pull d’Otis prêté quelques minutes plus tôt ;...

le 19 janv. 2019

Ça - Chapitre 2

Ça - Chapitre 2

5

Fêtons_le_cinéma

3801 critiques

Résoudre la peur (ô malheur !)

Ça : Chapitre 2 se heurte à trois écueils qui l’empêchent d’atteindre la puissance traumatique espérée. Le premier dommage réside dans le refus de voir ses protagonistes principaux grandir, au point...

le 11 sept. 2019