Le conte « Hansel et Gretel » des frères Grimm fait partie des classiques de la littérature pour enfants. Il n’a pas connu d’adaptation en live vraiment fidèle au matériau original et c’est même étonnant qu’aucun studio (même d’animation) ne s’y soit pas encore penché. En revanche, il a connu deux adaptations très librement inspirées du conte et toutes deux prenant le chemin de l’horreur et/ou du fantastique. Il y a dix ans sortait donc le film d’action et d’aventures « Hansel & Gretel » qui relevait plus de la série B de luxe en mode effets spéciaux, bastons et créatures horrifiques à la « Van Helsing ». Le résultat était divertissant mais bête à souhait et oubliable. Puis vint ce « Gretel et Hansel », où on est toujours dans le fantastique mais qui lorgne davantage vers le renouveau de ce genre du cinéma, indépendant et américain, représenté par des cinéastes comme Ari Aster et Robert Eggers, dont le « The Witch » se retrouve par plusieurs aspects ici.
Oz Perkins emprunte forcément un peu à ses néo-cinéastes, nouveaux étendards d’un genre trop souvent perçu comme inférieur par l’industrie, et auquel ils ont redonné un peu de lettres de noblesse. Mais si Oz Perkins nous offre un livre d’images magnifique, soigné et qui capte la rétine de la plus belle des manières, le résultat n’est pas à la hauteur des modèles dont il s’inspire (« Midsommar », « The Lighthouse », ...). Bien trop court (une heure et vingt minutes top chrono sans le générique), « Gretel et Hansel » ne développe rien de ces thématiques déjà peu nombreuses et semble incapable d’être autre chose qu’un incroyable objet d’art visuel cinématographique. Comme une coquille vide. Que ce soit les rares seconds rôles inexploités (le chasseur, la mère, ...), l’allégorie sur le passage à l’âge adulte de Gretel en tant que personnage principal dessinée à gros traits avec un Hansel volontairement mis moins en avant, les revirements d’idées trop brusques des personnages (Hansel se plaît dans la maison de la sorcière un jour puis plus le lendemain) ou encore une conclusion un peu trop sibylline concernant une potentielle lignée de sorcières. On ne parle pas ici de la signification du dernier plan, très indiquée et laissant libre cours à l’interprétation de chacun. Un gimmick propre au fantastique littéraire qui sied donc bien au film. En effet, il ne faut pas toujours tout expliquer, il est agréable aussi de se faire son propre avis et on critique plus le cœur du récit maladroitement expliqué et amené.
« Gretel et Hansel » est donc le prototype même de l’œuvre aussi parfaitement travaillée, maîtrisée et réussie visuellement qu’elle est vide sur le fond. Entre le clip magnifiquement lugubre et sinistre et l’œuvre d’art contemporaine animée, c’est le genre de film qui s’admire plutôt qu’il ne se vit. La précision des cadrages, la géométrie des décors (ah cette maison triangulaire ou ce sous-sol très lovecraftien) et le jeu sur les lumières et les ombres (c’est certainement les silhouettes étranges et suggérées dans la forêt qui procurent le plus de frissons) en font un long-métrage parfait à contempler mais qui pourra en ennuyer ou en décontenancer certains. Il est court donc cela passe vite mais si Perkins avait densifié son script, ses personnages et éclairer davantage certains points, il est probable que ce film aurait été de l’acabit des œuvres citées plus haut. L’atmosphère, renforcée par une partition musicale adaptée et de premier choix, est vraiment réussie et cela faisait longtemps qu’on n’avait pas vu sorcière si malaisante. En somme, ce conte inspire à raison les auteurs, mais pour le moment entre le film arty un peu vide et inabouti et la version bourrin saturée d’effets spéciaux et un peu idiote, on n’a pas encore trouvé la panacée.
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