À l'heure où Deadpool est sensé être le porte-étendard d'un cinéma irrévérencieux, le nouveau film de Sacha Baron Cohen prouve une nouvelle fois que, en matière de vulgarité, le créateur du
Da Ali G Show est difficile à déloger du trône... sur lequel il coule son bronze.
Mais Grimsby : Agent Trop Spécial est-il vraiment un film uniquement pour ceux qui se reniflent les doigts après s'être gratter les génitales, ou qui se sont déjà regardé l'anus dans un miroir ?
Bien sur il n'est pas facile de voir un intérêt dans la mise en scène de Louis Leterrier, mais on peu lui reconnaître une réelle dévotion à un comédien dont il est fan. On se surprend même parfois devant des élans de spectaculaires, et un léger (très léger) début d’intérêt pour l'usage d'une caméra à la première personne. On ne pouvait pas se douter qu'on rêvait de voir Ali G affronter Boyka (Scott Adkins) tant qu'on ne l'avait pas vu de ses propres yeux.
Si l'humour est peut-être l'une des formes d'esprits les plus difficile à définir, sa forme la plus burlesque est toujours la plus universelle. Et si même la plus isolée des tribus peut se fendre la poire avec juste un pet, peut-être est-ce cela qui nous unis en tant qu'être humain.
C'est avec la merde qu'on fait les meilleurs terreaux. Si même Baudelaire a pu faire de la poésie avec Une Charogne, pourquoi ne pas voir dans le gras du bide de Nobby Butcher une pure expression poétique. Frank Zappa a bien fait une chanson sur les pieds qui puent.
On observe avec fascination la quête de Sacha Baron Cohen vers l'ignominie la plus crasse, le gag le plus scabreux, de la même façon qu'on écoute une chanson de Seth Gueko. On est à la fois hypnotisé, et soulagé.
Hypnotisé, on l'est aussi par la totale implication de Mark Strong, donnant de sa personne et ne reculant devant aucune situation aussi ridicule soit-elle.
Pour en revenir à la vulgarité, Grimsby : Agent Trop Spécial se dresse tel un monolythique doigt d'honneur à la délicatesse, côtoyant ainsi les Workaholics, les South Park et le Groland au panthéon de la grossièreté.
Une telle dévotion dans un art, aussi obscène soit-il, ne peut engendrer rien d'autre qu'un objet de fascination.
Mais ce qui s'avère finalement le plus salvateur dans Grimsby : Agent Trop Spécial, c'est son absence de cynisme narquois. À l'heure où 9 individus sur 10 se forge, chaque jours sur les réseaux sociaux, une image de soit qu'il voudrait maline, intellectuel et sardonique, en usant du 28ème degré pour mieux humilier celui qui n'aurait pas saisie la "finesse" de son raisonnement, Sacha Baron Cohen fais relativiser le plus arrogant des bien-pensants.
Car au final, ce n'est que dans ces comédies, prétendues idiotes et avilissantes, que l'on peut voir une réflexion quasi géopolitique dans l'image d'un enfant séropositif, préalablement balancé de la tribune d'un stade, déclarant un salutaire « Fuck Palestine, Fuck Israël ».
Grimsby : Agent Trop Spécial est donc la trace de pneu dans le slip blanc, trop propre, des comédies actuelle : Une touche de couleur.