L’un des points les plus décevants — et paradoxalement les plus cruciaux — de Guillotines est le traitement des personnages, ou plutôt leur absence de réelle consistance. On aurait pu s’attendre à des figures complexes, tiraillées entre devoir et conscience, loyauté et doute, surtout dans un récit qui touche à des enjeux aussi humains que la trahison, la rédemption ou la perte de repères. Hélas, les protagonistes sont réduits à des fonctions scénaristiques, parfois même à de simples silhouettes dans un théâtre visuel.
Prenons le personnage principal, Leng, censé porter la tension du film sur ses épaules. Il est présenté comme un chef divisé, mais son conflit intérieur reste esquissé à gros traits, sans réelle profondeur psychologique. Son évolution paraît téléphonée, voire artificielle, tant elle manque de nuances. Il ne doute jamais vraiment, ne plonge jamais dans une remise en question sincère — tout semble dicté par le besoin de faire avancer l’intrigue.
Quant aux autres membres de l’unité des Guillotines, ils auraient pu former un groupe aux dynamiques intéressantes, à la camaraderie fissurée par la guerre et les idéaux divergents. Mais au lieu de cela, ils sont traités comme des pions interchangeables, reconnaissables uniquement par leur arme ou leur gimmick. Aucune réelle personnalité ne se dégage, aucun lien émotionnel ne se tisse avec le spectateur. Lorsqu’ils tombent, ce n’est pas le choc de la perte qu’on ressent, mais l’indifférence d’un joueur devant une pièce qui s’effondre.
Même les antagonistes souffrent d’un manichéisme paresseux, là où une ambivalence aurait pu donner de la tension et de la complexité au récit. Dans un univers où tout est visuellement léché, les personnages sont étrangement flous, dénués de relief. On ne comprend jamais vraiment ce qui les anime — et plus grave encore : on ne s’en soucie pas.
C’est sans doute là que Guillotines échoue le plus : dans son incapacité à créer de l’empathie. Il est impossible de s’attacher à des personnages que le film lui-même semble à peine considérer. Ils ne vivent pas, ils illustrent — et cela condamne tout l’édifice émotionnel du film.