8
le 29 avr. 2015
SuivreBody parts.
Produit par la Nikkatsu et sorti sur nos écrans en catimini durant l'été 2012, dans une version écourtée d'une bonne demie heure pour le marché international, Guilty of romance est le premier film du...
Guilty of Romance ou le dernier opus concluant une trilogie de la haine sans faux semblant dont le mantra principal est d'aller au bout de son sujet. Sono Sion offre à son triptyque une fin magistrale pour marquer de son empreinte les esprits de ceux qui ne le connaissaient pas et dont je faisais partie. Ces trois gifles que je me suis prises, coup sur coup, sont la marque d'un réalisateur qui assume son style et l'impose avec violence à son auditoire. Guilty of romance en est la preuve filmée, le point final dévastateur d'une analyse de la société japonaise acerbe et noire.
A travers l'éveil d'Izumi, une jeune femme au foyer malheureuse car délaissée par l'homme qu'elle aime, le cinéaste pose la question de la place de la femme au Japon, comme un écho direct à Cold Fish qui développait celle du père. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le portrait brossé dans Guilty of Romance est dépourvu de tout espoir, d'une noirceur extrême qui prend vraiment aux tripes; en grande partie grâce à la magistrale prestation de Megumi Kagurazaka, sans cesse sur le fil, illustrant avec justesse le côté versatile d'un personnage malmené entre principes et désirs. Izumi parviendra à une certaine forme de bonheur en libérant sa libido pour se détacher d'un quotidien routinier, rassurant mais terriblement oppressant. Mais dès lors que ce bonheur l'entraîne dans les bas fonds de la prostitution se pose la question du prix à payer pour avoir pu goûter à une certaine forme de liberté. Car il est bien question de ça aussi dans Guilty of Romance, cette liberté qu'on pense tous avoir alors qu'elle est si abstraite et indéfinissable. D'une certaine manière, les personnages givrés que l'on retrouve dans l'univers de Sono Sion sont libres à leur manière, que ce soit Mitsuko, la prostitué initiatrice de ce Guilty of Romance ou encore Murata, le psychopathe boucher de l'excellent Cold Fish.
Il semblerait en tout cas que ces différentes quêtes de bonheur se finissent toutes de la même manière, dans les tripes et le sang. Dès les premières images Sono Sion annonce la couleur en nous plongeant au coeur d'une enquête sordide dont on comprendra les tenants et aboutissants même si le réalisateur fait tout pour nous embrumer l'esprit. La narration de Guilty of Romance est en effet assez particulière mais très réussie dans le sens où l'on se fait bien balader alors qu'elle est pourtant très linéaire. On se laisse manipuler à notre insu et quand les réponses daignent apparaître, elles n'en gagnent que plus d'impact.
Mais si Guilty of Romance fait mouche, ce n'est pas uniquement grâce au côté extrême de son propos mais davantage à la façon dont il est exprimé. La photographie atteint ici une beauté plastique merveilleuse, toutes les scènes nocturnes sont sublimes, les cadres minutieux et soignés. C'est un vrai festival de couleur, un ballet de flous expressifs qui donnent au film un aboutissement qui impressionne. C'est toujours paradoxal de voir comme il est possible de relater de faits somme toute atroces avec une image aussi belle qui vient illuminer nos écrans d'une violence graphique aussi hypnotiques que malsaine. Un vrai régal en somme.
Vous l'aurez compris, avec Guilty of Romance, Sono Sion confirme la mise au service de son talent à son jusqu'au boutisme nécessaire en nous délivrant un film d'une intensité folle. Sexe, violence, tabou, rien n'est épargné au spectateur pour le bousculer dans ses convictions les plus assises. On sort du film, et donc de cette trilogie, abasourdi, lessivé mais heureux d'avoir pu faire ce voyage cinématographique qui, même s'il divisera les foules, est à mes yeux l'un des plus passionnants qu'il m'ait été donné de faire.
Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Coups de coeur post 2000 / Asie
Créée
le 29 juin 2014
Critique lue 638 fois
8
le 29 avr. 2015
SuivreProduit par la Nikkatsu et sorti sur nos écrans en catimini durant l'été 2012, dans une version écourtée d'une bonne demie heure pour le marché international, Guilty of romance est le premier film du...
3
le 31 juil. 2012
Suivrele 31 juil. 2012
Ce qui suit a été écrit d’une traite pour préserver la nature brute de l’écrit donc si vous voyez des fautes de syntaxe ou autre, c’est voulu. Voilà, c’est dit. Difficile de ne pas être subjugué...
9
le 10 juil. 2012
SuivreShion Sono c'est l'enfant mal-aimé du cinéma nippon, n'ayant jamais été distribué en France. Pourtant culte, que ça soit pour son Suicide Club (ainsi que le manga qu'il en a fait), Cold Fish, ou...
5
le 26 janv. 2019
SuivreJ’avais pourtant envie de la caresser dans le sens du poil cette mule prometteuse, dernier destrier en date du blondinet virtuose de la gâchette qui a su, au fil de sa carrière, prouver qu’il était...
5
le 7 déc. 2014
SuivreTour à tour hypnotique et laborieux, Under the skin est un film qui exige de son spectateur un abandon total, un laisser-aller à l’expérience qui implique de ne pas perdre son temps à chercher...
9
le 14 déc. 2014
SuivreExploiter l’adversité réservée par dame nature aux intrépides aventuriers qui pensent amadouer la rudesse de contrées qui leur sont inhospitalières, pour illustrer l’attachement réciproque qui se...
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème