Un film qu’il faut sans doute regarder plusieurs fois pour en saisir toute la complexité (et en sucer la substantifique moelle) mais la beauté des scènes, elle, est immédiate ! Dumont a vraiment ce talent du cadrage assez déroutant qui fait qu’on a du mal a expliquer pourquoi cette scène de chantier ou ce plan sur une prairie sont si beaux alors même qu’il pleut tout le temps et que les acteurs sont vraiment pas des top modèles... On se prend a relever les moyens que Dumont utilise pour rendre visible l’invisible, que ce soit par le cadrage bien sûr, mais aussi la lumière (assez évident celui-ci), la palette et la grue dans la scène du début, le chien, l’ancien taulard à la fin ou encore ce soleil glacial d’hiver, si présent et absent à la fois.
L’évolution de Céline est vraiment captivante et bien justifiée (du passif a l’actif, du charnel/visible à l’invisible ...). Ce qui compte ici c’est la détresse sentimentale de Céline qui semble sincèrement amoureuse du Christ (et non pas d’elle-même comme on pourrait le croire au début), jusqu’à incarner ce désir charnel de cette statue sur la colline à Yassine ou encore à cette violoniste.
Deux bémols a mon avis : le jeu d’acteur laisse franchement a désirer et m’a parfois sorti du film et les parents de Céline sont un peu caricaturaux dans le genre "parents friqués qui abandonnent leur fille" (mais ça n’est pas central dans le film, ça sert juste a montrer son incompatibilité au monde qui l’entoure).
Ceci mis a part : c’est un très très bon film d’après moi dont la note générale ne reflète pas du tout ni l’intelligence de la construction ni la qualité esthétique.