On peut difficilement faire plus caricatural que l’ambiance de Hammett. Même en passant en revue tous les films du genre... Entre son romancier détective privé qui navigue entre un scotch, une clope et sa machine à écrire ; ses femmes fatales et ses policiers corrompus ; sa musique façon club de jazz enfumé en fin de soirée ; et les élites de la ville fatalement abjectes ; Wim Wenders a mis tous les curseurs dans le rouge.
Ça donne un charme incroyable au film, mais en même temps, c'est toc comme pas permis. Le parti-pris ne donne malheureusement pas le sentiment d'être volontaire, vu que le film entend montrer que les romans de Dashiell Hammett sont une version romancée du San Francisco des années 20. Sauf qu'il n'y a aucune différence de ton entre les passages fantasmés par Hammett lorsque, dans le film, il écrit ; et la réalité décrite dans le film. La différence d'envergure avec Chinatown, vers lequel Hammett lorgne fortement au moins sur la forme, se situe à ce niveau : on ne croit pas une seconde au San Francisco des années 20 de Hammett.
En dépit de son ambiance hyper sympa, de cadrages incroyables, de l'interprétation absolument parfaite de Frederic Forrest, et de la musique sublime de John Barry, le film est plombé par un scénario, intéressant dans son ensemble, mais largement mauvais dans ses détails, bourré d'incohérences et d'invraisemblances. Et par une mise en scène pas hyper subtile. Sur les détails, voir ce faux-raccord magistral où le héros réussit l'exploit de changer d'habits en un plan. Sur l'essentiel, la caricature est de tous les côtés.
A l'arrivée, ça reste très sympa à regarder, certains passages sont très prenants et on ne voit pas le temps passer. Mais le résultat est mitigé néanmoins.