Hamnet
7.1
Hamnet

Film de Chloé Zhao (2025)

Cette critique comprend des très légers spoilers, si vous avez lu le synopsis vous n’en serez pas spoiler, si vous voulez en savoir le moins possible sur l’œuvre veuillez éviter la lecture de cette critique.


Réalisé par Chloé Zhao et contestant aux Oscars de 2026, Hamnet propose l’histoire revisitée des événements qui auraient pu mener Shakespeare à l’écriture d’une des plus grandes tragédies de l’histoire : Hamlet. Y aller sans connaître le projet c’est s’attendre à une œuvre sur le personnage de William Shakespeare ; l’expérience est toute autre. Hamnet, s’intéresse plus particulièrement à la femme de l’auteur, et à sa vie familiale. L’œuvre questionne en grande partie la place de la création artistique dans la vie de famille, les choix à faire, les risques à prendre. Le point le plus fort du film reste le traitement fait de la maternité, les accouchements bien que manquant parfois de réalisme par l’absence totale de cordon ombilical par exemple, restent marquant, et le rapport fort entre le personnage d’Agnès et ses enfants, et même le lien qu’elle entretenait avec sa mère. Le film se caractérise très fortement par les personnages doubles, ainsi nous pouvons commencer avec le personnage créateur qui se voit autant chez William Shakespeare que chez Agnès Shakespeare – l’un, l’autre donnant tout pour leurs créations. La thématique du double se poursuit tout le long du projet déjà par le dédoublement du nom de la pièce qui peut autant être Hamlet que Hamnet mais aussi le père qui est le double de son fils Hamnet par le biais de la représentation théâtrale. Dans cette continuité, les jumeaux représentent aussi la thématique du double quand ils se confondent mais aussi se divisent par le choix du destin.

Cette thématique du double est portée par celle du mysticisme qui renforce donc fortement le lien de ces unités doublées. C’est par le personnage de la mère qu’est amenée cette thématique, ce qui sera ensuite confié à ses enfants et qui permettra de compléter le fatalisme de l’œuvre par de l’espoir peut être naïf mais en tout cas une porte vers l’optimisme. Ce n’est cependant pas la seule porte ouverte par le film, car celle de l’Enfer est visible dans la pièce de théâtre car elle représente le portail des morts et est déjà omniprésente dans la forêt. Dans la première partie du film on s’intéresse en effet fortement à un trou dans la forêt qui représente déjà un personnage à part entière de par le traitement qu’en fait Agnès et la proximité qu’elle a avec ce lieu qui, avant William semblait la comprendre mieux que quiconque et la relier avec son héritage. L’omniprésence des Enfers dans la vie des personnages peut être vu comme une fatalité – la mort qui veille sur les personnages surtout sur Agnès semblerait-il. Mais elle représente aussi la porte vers un autre monde, ce qui signifie que la fin dans le monde vivant n’est pas synonyme de la fin de l’esprit, et ouvre à la possibilité de ne jamais rien perdre définitivement.

Dans cette continuité d’analyse il est possible de mettre en avant le placement des personnages où un rapport de force est notable entre Agnès et William qui ne s’inversera que lors de la représentation théâtrale, lorsque William sera sur scène et Agnès dans la fosse. Ainsi, Agnès se retrouve souvent à la gauche de l’écran et positionnée en hauteur par rapport à William. De ce fait, Agnès est souvent l’élément moteur de l’œuvre, c’est elle qui soumet l’idée du départ de son mari pour Londres, c’est elle qui accepte le mariage, c’est elle qui dirige la famille. Dans ce positionnement donc, on remarque qu’elle est à gauche de l’écran ce qui rappelle sa proximité avec l’univers du mysticisme et de la mort donc ce qui sera le cas pendant le reste de l’œuvre.

L’œuvre comprend beaucoup de surcadrages qui s’analysent de manières différentes en fonction des personnages qui sont représentés. Pour William, ils sont présents dès le début du film, celui-ci est bloqué dans sa condition de précepteur et veut s’en sortir, il trouvera alors sa porte de sortie : son amour avec Agnès. Cependant, il retourne vite dans ce surcadrage qui ne semble pas le quitter, il n’est plus bloqué dans un métier qui ne l’intéresse plus, mais bel et bien dans sa tête. Il est possible de retrouver la figure de l’artiste torturé par le biais de son personnage qui se retrouve bloqué dans son esprit malgré ses tentatives de s’en sortir, il est rongé par le besoin de créer. Le personnage qui lui fait écho dans ce traitement est sa femme, Agnès. Celle-ci se retrouve bloquée souvent dans la chambre à coucher – symbole de la relation amoureuse dans laquelle elle se sent mécomprise voire très seule. Ainsi, ces surcadrages dénotent de la prison dans laquelle se retrouve les personnages, néanmoins elle est contredite par des panoramiques sur la droite. Ce procédé filmique permet de mettre en avant une notion d’espoir, il ne faut pas aller seulement vers la gauche qui est le symbole de la mort mais il faut aller de l’avant vers la droite. C’est ainsi que se découpe le dernier plan où William voit son fils Hamnet vivant pour la dernière fois, William regarde vers la droite et l’attend alors que celui-ci rentre à la maison et part définitivement vers la gauche.

Hamnet est donc une œuvre pleine de symbolisme qui saura plaire par sa beauté thématique mais aussi par son langage cinématographique complémentaire à l’œuvre.

TAMBRUN Lucile

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8
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le 30 janv. 2026

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Lucile Tambrun

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