Hamnet
7.1
Hamnet

Film de Chloé Zhao (2025)

On commence rarement par cela mais je vais débuter par la fin. Par l’émotion que cette magnifique œuvre cinématographique à laissé en moi bien après son épilogue. Au moment où vous êtes assis en salle, le générique défile devant vos yeux mais il vous est impossible de vous lever et reprendre vos vies comme si de rien était.


Car, encore plongé dans cette atmosphère, traversé par des émotions si fortes, qui se sont immiscé sous votre peau. Votre rétine encore trop imprégnée par les superbes compositions qui vous ont été donné à voir.


A l’extérieur, la lumière est trop brillante, les bruits trop fort, tout va trop vite. Alors que vous avaient passés 2h05, à prendre le temps, à contempler, à ressentir. Le seul choix possible est de rester là, assis. Laissé son corps réémerger de cet état méditatif dans lequel Chloé Zhao vous a plongé.


C’est d’autant plus drôle quand on sait que la réalisation à suivi le même chemin. On sait, que ce soit par les acteurs ou la réalisatrice elle-même, lors d’interview, que Chloé Zhao durant tout le processus créatif à fait expérimenter la méditation ou le «shaking » à ces acteurs. Pour permettre de libérer les tensions, les blocages ou les émotions trop fortes dû au tournage de scènes qui avaient été intense.


Cette bienveillance que Chloé Zhao, mais aussi les acteurs entre eux, ont su s’offrir émane dans l’essence même de cette œuvre. Ce qui pourrait paraître anecdotique me fait aimer d’autant plus ce film. Le « soin », le soin des images, le soin du son, des émotions. C’est ce soin qui a permis de le rendre magistral, qui à permit aux acteurs de délivrer des performances si juste et bouleversantes, qui a donné des compositions digne des plus grands tableaux. Car si cette œuvre nous parle de vie, de deuil, de maternité et d’amour. Elle nous parle aussi beaucoup d’art et la réalisation, à elle-même autant de chose à dire que la création.


Ce soin aux autres, aux choses, que l’on fait, que l’on créer, que l’on vie, qui est de plus en plus bafoué dans la société dans laquelle on vit aujourd’hui, est porté au nu ici. Le soin des détails : des costumes, à la crasse sous les ongles, aux couleurs. Le soin porté au silence, à l’image, à la nature, incontestable. Ce film est un écrin de ce qu’il y a de plus beau et de plus terrible dans l’expérience humaine. De ce qui à de plus sublime et tragique dans le fait de créer de l’art.


Quant au film, l’histoire en elle-même, que dire... On assiste la naissance d’un amour, entre Agnes et Will, qu’on nommera qu’à la toute fin, comme étant le grand William Shakespere. Pour deux raison. Car au commencement du récit, il n’est pas ce grand dramaturge, mais juste un homme qui rencontre une femme et son statut futur importe peu. Son nom prend tout son sens que lorsqu’il sera question de parler de la pièce qu’il à créer, Hamlet, mais aucunement dans le processus de vie qu’il à emmener à la réalisation de cette œuvre. Car quand il est confronté à la perte, à la destruction totale de son monde telle qu’il à connu, il n’est aucunement William Shakespeare. Il est un homme, une mari mais surtout un père.


La composition, les symboles, les silences et les dialogues sont modelés telles des poèmes. Chaque mot, chaque expression, chaque image à son importance et développe des récits parallèles.


L’un des premiers qu’on peut remarquer aisément sont la symbolique des couleurs des deux personnages principaux. Confirmé par la réalisatrice, ils ont été choisis dans un but bien précis. Le bleu, relié à deux chakra, celui du troisième et de la gorge. Liés à la communication, la connexion spirituelle, l’imagination, l’intuition. Tout ce qui caractérise Will en sommes, notamment en tant qu’artiste. Lui est relié au ciel, à l’impalpable alors qu’Agnes elle est caractérisé constamment par la couleur rouge, couleur complémentaire au vert, la nature. Le rouge étant la couleur du chakra racine, la force, la sécurité, l’ancrage, le lien à la terre. Tout ce qu’est Agnes et toute son expérience en tant que mère prennent racine dans son corps, dans son rapport à la nature, qui se substitue à la mère qu’elle a perdu. C’est tout ce qu’on à dit à une femme d’oublier. Son rapport au corps, à son animalité, à sa force, tout ce qu’il éloignerait d’une supposé féminité est en fait ici tout ce qui la relie à sa nature la plus profonde. On retrouve toute cette symbolique aussi dans le choix de la costumière, qui pour la création du costume a choisi un matériau particulier pour le bustier, appelé « bark cloth », tissu ancien fabriqué à partir de l’écorce intérieur d’arbre.


Dans les moments les plus marquants du personnage, notamment lors de ses accouchements ou de la perte de son fils. Elle n’est ni contenu, ni sereine. Mais bestiale, viscérale, sans retenu. Ses cris ne sont pas des petits gémissement tout doux, mais ils viennent des entrailles. Leur façons de vivre le deuil elle aussi est une continuité de cette symbolique, la manifestation de deux polarités. Là où Agnes est dans l’action, la colère, l’extériorisation de tout cela. Will est dans la retenu, l’intériorisation, incapable d’exprimer ce qu’il y à l’intérieur de façon aussi brute. L’art lui servira de contenant à des émotions qui ne savent s’exprimer autrement.


Le jeu d’acteur va aussi dans ce sens et est assez particulier pour être noté. Là où normalement c’est l’homme qui prend plus de place quand il est question d’exprimer sa colère ou des émotions violentes et crues. Ici Jessie Buckley donne vie à tout cela et quel jeu d’actrice. Il y a peu de mots pour décrire la sublime performance qu’elle a su offrir. Et là où normalement, les sentiments plus subtils, contenus et doux sont attribués à la femme, sont véhiculés ici par Paul Mescal. Dont le jeu est si juste, il crée le parfait équilibre, et l’espace pour laisser se révéler ces co-star. Voulu ou non c’est rafraichissant généreux, marquant !


La mort quant à elle, est omniprésente. Est certes un des sujets principaux de l’œuvre, par le drame qui va suivre. Mais elle est pourtant présente bien avant que le coup fatal ne frappe. Elle devient un personnage à part entière et prends de plus en plus de place à mesure que l’on avance dans le récit. Présente très tôt. Lors du premier accouchement d’Agnes, au moment où Will prend leur fille dans ses bras. Il s’arrête net face au trou béant à la racine d’un arbre, il reste comme figé, on sent son expression se glacé. Le premier instinct qu’il aura est de détourné sa fille de cette masse noir. Par la suite, lors de son deuxième accouchement, Agnes, sait déjà que son deuxième enfant est prédestiné à la mort, le dit. Mais miracle elle vivra. Les signes annonciateur qui prédestinent un des enfants d’Agnes et Will à la mort sont distillé tout du long. S’incarnant même à la toute fin dans les décors de la pièce de théâtre. C’est par ce trou noir au milieu des arbres qu’Hamnet ira à son encontre.

Car malgré tout on ne peut échapper à l’appel de la mort, on peut peut-être la trompé certes, comme Hamnet à si courageusement fait pour sa sœur, mais pas y échapper.


Que dire de Jacobi Jupe, auraient-ils pu trouver meilleur acteur pour le rôle ? Il se dégage une tendresse, une force et un amour si pur de ce personnage. La preuve est qu’on peut délivrer une performance digne des plus grands à seulement 12 ans. Quand je repense à ce film, ses expressions, ses regards, ne cessent de revenir me hanter. Leur subtilité et leur complexité à un si jeune âge vous bouleverse. C’est un regard qui renferme une âme qui semble avoir déjà vécu tant de choses.


Viens alors le clap de fin, le point culminant de cette expérience déjà très forte en émotions. Qu’on redoute, car comment proprement dire adieu à tout cela. Comment mettre un point final sans que ça ne nous arrache pas quelque chose ?

Preuve en est, par cette dernière scène, qui a été brillamment réalisé dans son fond et dans sa forme. Elle vient réparer quelque chose. La réalisatrice, à travers la figure de Will, qui mets en scène, donne vie à la souffrance la plus inimaginable qu’un parent puisse vivre. Ce moment totalement spontané où Jessie, tends la main vers l’acteur qui joue son fils, entraine un des plus beau plan qu’on aura, digne d’un chef d’œuvre. Il marque une réconciliation entre deux mondes, une deuil qui se fait, une reconnexion qui se renoue entre Agnes est Will. Le tout sublimé par une bande son mémorable, On Nature of Daylight, de Max Richter.


L’art ici viens sublimer, guérir et réparer deux âmes qui semblaient perdues l’une à l’autre. Elle réconcilie un dialogue, à une effet cathartique pour nos personnages et pour nous même. Chloé Zhao réussi à rendre un magnifique hommage à cette dernière, la plaçant en puissant réceptacle des passions humaines.


Loulsss
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le 20 févr. 2026

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