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le 12 oct. 2025
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Critique de "Hamnet" de Chloé Zhao.
Il y a parfois des films qui vous prennent aux tripes pendant la projection et qui continue de vous hanter bien longtemps après le générique de fin. "Hamnet" de Chloé Zhao fait partie de ces films.
Véritable concentré d'émotions, le long métrage prend à contre pied le personnage de William Shakespeare pour en donner une version beaucoup plus dramatique en se concentrant sur sa femme, Agnès Hattaway, et surtout sur le deuil qui va hanter le dramaturge toute sa vie durant : celui de son fils, Hamnet.
"Hamnet", c'est d'abord une ode poétique et visuelle à la fragilité humaine et à la résilience.
Déjà dans "Nomadland", Chloé Zhao scrutait l'âme à travers le portrait d'une marginale dans une Amérique trumpienne où le néo libéralisme broyait l'être humain.
Le personnage de Fern (magnifique Frances MacDormand) voyageait dans cette Amérique des laissés pour compte à la recherche de l'acceptation du deuil de son mari.
Dans "Hamnet", Chloé Zhao parle à nouveau de deuil et s'intéresse au personnage de William Shakespeare en évoquant sa relation avec Agnès Hattaway et ses enfants, Susana, et les jumeaux, Judith et Hamnet.
Dès les premières images, Hamnet nous enveloppe dans une atmosphère onirique, où chaque plan semble peint à la main. Les paysages de l’Angleterre élisabéthaine, filmés avec une lumière dorée et des contrastes doux, évoquent les toiles des maîtres flamands mais aussi Turner. Des toiles qui prennent vie à la manière de Peter Greenaway et de son jardin anglais ou du "Barry Lyndon" de Kubrick. Rien que ça...
Une rencontre onirique et minérale.
On est à la fin du XVIe siècle. Will est précepteur et vit sous le toit d'un père dévalorisant et violent.
Agnès est une jeune orpheline recueillie par une mère de substitution peu aimante. Elle est considéré par les habitants de Stratford upon Avon comme une sorcière car elle passe son temps dans la forêt avec son faucon. C'est une femme libre en communion avec les forces telluriques de la Nature.
Celle ci est d'ailleurs filmée comme un personnage à part entière: les forêts, les rivières et les champs deviennent les témoins silencieux de l'amour et de la douleur des protagonistes.
La rencontre entre Will et Agnès dans cet univers quasi onirique va être une vraie révélation pour tous les deux.
Agnès va "envoûter" William avec ses mains et lui, va lui raconter le mythe d'Orphée et d'Eurydice. Une histoire prémonitoire où la mort est omniprésente...
William et Agnès : Mysticisme et Poésie.
Leur relation qui se base sur le non dit et le ressenti va aller à l'encontre des familles . On est pas loin de Roméo et Juliette dont William va déclamer quelques répliques...
Elle voit des choses que les autres ne voient pas et lui, écrit ce que l'on ressent... Leur complémentarité est presque totale.
Mais William est rongé par le désir d'aller à Londres pour accomplir sa destinée de dramaturge provoquant des conflits avec Agnès qui y voit une forme d'abandon.
Malgré son amour pour elle, Il va partir la laissant avec les trois enfants.
La maladie va alors faire son irruption.
La réalisatrice explore cette tragédie avec une délicatesse qui rappelle "The Son" de Florian Zeller. Pourtant, Hamnet n’est pas un drame lourd ou mélodramatique. Zhao y injecte une forme de grâce, presque mystique, qui rappelle le "Tree of Life" de Terence Malick.
Hamnet est avant tout une célébration de l’art comme exutoire et comme héritage. Cinéaste du silence (cf "Nomadland"), Zhao nous montre comment la souffrance peut se transmuter en beauté, comment la perte peut engendrer une œuvre immortelle. Cette idée n’est pas sans évoquer le "Birdman" d’Alejandro González Iñárritu, où l’art est à la fois combat et rédemption.
La dernière partie du film qui se déroule lors de la première représentation de Hamlet sous les yeux d'Agnès est à ce titre un véritable raz de marée émotionnel qui nous bouleverse.
L'interprétation comme une évidence.
Même si le film parle de tragédie, ce n'est pas un mélodrame lourd car Chloé Zhao y injecte une extrême délicatesse, aidée en cela par une sublime interprétation de ses interprètes.
Paul Mescal tout d'abord.
Il apporte à son William Shakespeare une profondeur et un humanisme en insistant sur sa fragilité émotionnelle. Il est dépeint comme un homme en retrait, tiraillé entre sa vie familiale à Stratford upon Avon et son désir d'ascension comme dramaturge à Londres.
Que dire de l'interprétation habitée de Jessie Buckley ?
Elle n'incarne pas Agnès... Elle est Agnès.
Femme charnelle, ancrée dans la terre et dotée d’une forme de mysticisme. Elle apporte à son personnage une authenticité émotionnelle qui ne peut que provoquer notre adhésion la plus totale. Le cri déchirant de cette mère à la perte de son fils, qui semble provenir du tréfonds de son âme, restera comme l'un des moments les plus bouleversants du film.
Tout comme toute la scène finale où tout le public ressent l'émotion palpable dans la tragédie d'Hamlet. Agnès peut enfin faire la paix avec sa peine en posant cette main sur son cœur et en adressant un dernier sourire à Hamnet, omniprésent dans la pièce de William... Accompagnée par la sublime musique de Max Richter, la scène est un choc émotionnel déchirant.
L'Art comme exutoire.
Hamnet est un film rare, une œuvre qui touche l’âme tout en élevant l’esprit. Chloé Zhao y déploie tout son talent pour créer un cinéma à la fois intime et universel, poétique et brut. Ce n’est pas seulement un film sur Shakespeare, c’est un film qui nous montre l'humanité qui réside en nous : savoir aimer, souffrir, et créer malgré l'adversité .
Comment le drame de la perte d'un enfant peut devenir le catalyseur de la création artistique et être une source d’inspiration tragique et universelle.
Si "Nomadland" avait marqué les esprits par sa simplicité et son humanisme, "Hamnet" les subjugue par sa grandeur et sa profondeur. Chloé Zhao confirme qu’elle est l’une des plus grandes cinéastes de notre époque, capable de transformer l’histoire en poésie et la douleur en lumière.
Une œuvre indispensable.
Créée
le 4 avr. 2026
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