Difficile de réhabiliter un film qui n’a jamais subi les foudres de la critique. C’est un peu le cas de ce Handgun, premier film américain de l’Anglais Tony Garnett, dont la distribution a été totalement sabotée par la Warner. Les raisons de ce sabotage sont doubles. D’abord, la Warner sortait en année 1983 Sudden impact dont le thème évoque très clairement un « rape and revenge » et ne voulait pas qu’un film du même genre lui fasse de l’ombre. Ensuite, parce que les producteurs s’attendaient à une véritable série B et non pas à une réflexion plus complexe, notamment autour des Américains pour les armes à feu. Le film, par conséquent, fut tardivement et mal proposé en salles aux États-Unis et très peu distribué à l’export. D’ailleurs, si on doit aujourd’hui de connaître le film, c’est grâce à Jean-Baptiste Thoret qui est allé dénicher cette pépite pour sa très chouette collection « Make my day » (pour boucler la boucle avec Sudden impact). Et force est de constater que la découverte vaut la chandelle car le film embrasse de nombreux genres de film d’exploitation pour mieux les contourner et livrer une peinture au vitriol des États-Unis.
Car, disons-le tout de suite, Handgun n’est pas un véritable « rape and revenge » ou, en tout cas, pas dans ce qu’il propose habituellement. On croit pourtant se diriger très vite vers le genre avec la gentille Yankee chez les Redneck qui découvre leur goût pour les armes à feu, leur culture de la conquête (terrienne tout autant qu’autre chose) et leurs manières patriarcales. Intelligemment, le film se déroule à Dallas et la première séquence s’ouvre sur le Memorial Hospital qui renvoie tout de suite à l’assassinat de JFK. Quelques minutes plus tard, les mots d’un personnage féminin vantent le côté sexy de Ronald Reagan. Puis le film n’a pas commencé depuis dix minutes qu’un type s’exalte sur les armes à feu. On comprend très vite que Tony Garnett n’est pas simplement là pour nous livrer une simple histoire de vengeance : il est là pour nous parler de la culture américaine et pour en dresser un portrait peu reluisant. Ce portrait est d’autant plus efficace qu’il ne cherche que très peu à styliser son œuvre. Au contraire, il mise sur un réalisme saisissant qu’il laisse à penser que certaines scènes sont extraites d’un documentaire au cœur de l’Amérique profonde.
Le résultat est un véritable uppercut. La scène du viol, purement et simplement coupée par des fondus au noir, n’empêche pas la brutalité physique mais surtout psychologique qui l’entoure. Les réactions de la police, du médecin et du confesseur, si elles ne manquent pas, pour certains, d’une véritable empathie et d’une profonde humanité, poussent d’une certaine façon notre protagoniste à jouer avec les règles qui sont en vigueur dans l’État du Texas. Sa vengeance ne sera pas celle qu’on trouve habituellement, à savoir celle d’une femme qui dessoude du mâle en rut pour exorciser son traumatisme. Elle s’inscrira dans la découverte de son autre moi, de la Texane qui s’ignore et qui, dans le maniement des armes, trouvera son salut. Un film malin, remarquablement interprété et réalisé qui mériterait meilleure audience, tant il vient compléter un genre qui, en 1983, semblait essoré. Deux films démontreront cependant tout le contraire, dont celui-ci qui est une belle découverte.
7,5