Handgun, réalisé par Tony Garnett, s’inscrit à première vue dans la tradition du rape and revenge, ce sous-genre hérité du cinéma d’exploitation où la violence subie appelle une riposte tout aussi radicale. Mais réduire le film à cette simple étiquette serait passer à côté de sa singularité. Car ici, le canevas attendu est méthodiquement déconstruit.
Collaborateur de longue date de Ken Loach, Garnett injecte dans ce récit une conscience sociale et politique qui le distingue immédiatement des productions plus sensationnalistes auxquelles le genre nous a habitués. L’arrivée de Kathleen, jeune enseignante venue de Boston, dans un Texas qu’elle ne comprend pas, agit comme un révélateur. À Dallas, les armes à feu relèvent presque du sacré, et l’Histoire elle-même semble remodelée pour légitimer cette fascination. Le choc culturel est brutal, presque irréel.
C’est dans ce contexte que survient l’irréparable : Larry, figure d’une banalité inquiétante, incarne une violence masculine enracinée dans cette culture. Le viol, loin d’être un ressort narratif complaisant, est traité avec une rigueur qui refuse tout voyeurisme. Garnett comprend que représenter une telle scène impose une responsabilité morale : la rendre supportable serait déjà la trahir.
Mais là où Handgun déjoue véritablement les attentes, c’est dans la nature de sa vengeance. Kathleen ne choisit ni l’escalade sanguinaire ni la catharsis facile. Sa réponse est plus insidieuse, presque clinique : elle vise la masculinité même de son agresseur, déconstruisant ce qui fonde son pouvoir. Ce déplacement du regard transforme le film en une réflexion acerbe sur la domination, plutôt qu’en simple exutoire.
En filigrane, Garnett signe une critique féroce d’une certaine mythologie texane, entre fascination pour les armes et virilité toxique. Le regard extérieur du cinéaste britannique confère au film une dimension satirique qui aurait sans doute été plus difficile à assumer pour un réalisateur américain ancré dans cette culture.
Œuvre dérangeante et lucide, Handgun dépasse largement les limites de son genre pour s’imposer comme un objet critique, à la fois politique et profondément humain. Une redécouverte précieuse, que l’on doit notamment à Make My Day, dont le travail éditorial mérite d’être salué.