A une époque où les médias, la toile virtuelle, les supports numériques et les machines facilitent, dans le besoin d’un désir humain parfois discutable dans sa distinction morale, sociale ou intellectuelle, les actions et les procédés mentaux des habitants de notre monde, l’heure n’est plus à la recherche d’un idéal de pensée, de valeur, de camaraderie ou d’amour pour compenser un manque grandissant mais d’une tromperie à qui nous sommes prêt à sacrifier l’évidence de notre Moi profond pourvu que s’arrête la souffrance. On n’interroge non-plus la source d’un mal-être mais le moyen technologique pour y remédier et accepter ainsi un rapport de soumission à sens unique, l’un dépendance, l’autre révélation.

Theodore est de ceux-là, un homme perdu que le désespoir pousse à l’installation d’un programme « intelligent », drôle et sincère, qui vient perturber son équilibre douloureux. Samantha assouvit dès lors un désir fondamental de l’être humain à vouloir déambuler au milieu d’exactitudes, une figure rassurante à ses côtés. Le souffle de la vie revigore le saint homme et se fait ressentir jusque dans les images montrées par la caméra. Faisant figure d’acrobate versé dans les hautes voltiges aussi bien que de la plus parfaite des gargouilles silencieuses et témoin de la détresse émotionnelle de Theodore, celle-ci l’accompagne dans le bonheur, le doute, la béatitude et le malheur. Ainsi, une simple méditation nocturne sur une absolue nécessité passée se transforme en intimité éprouvée par le silence et la proximité instaurée entre l’homme, la machine, la nuitée, les souvenirs et le spectateur. De la même manière, une désillusion qui suit une idylle depuis le début faussement exprimée nous accorde un moment figé dans le temps, un Theodore abattu par le destin, allongé sur son linceul annonciateur d’une fin et d’un commencement, les yeux dans le vague fuyant la réalité, sondant ce qui fait de lui un être capable de ressentir, d’aimer. Un remarquable gros plan et un rayon de lumière providentiel pointent du doigt la mince poussière voletante. Un mysticisme doucereux dans sa simplicité donne à la scène un caractère émouvant, apaisant et étrangement réconfortant, où le vice et l’infortune n’ont plus d’emprise et toute notion de perversion quelle qu’elle soit se voit contrainte d’abandonner ses desseins.
Que ce soit cette poussière dans notre œil ou une pureté retrouvée dans celui de Theodore, une larme est une sincérité déclarée par amour pour soi-même, quelqu’un, ou quelque chose.

La question des relations entre l’Homme et la Machine se pose instinctivement. Qui de nous deux peut-il satisfaire notre égocentrique avidité de bonheur ? La Machine répond-telle à un besoin ou bien n’est-elle qu’un médium permettant à l’Homme de réfléchir sur lui-même et ses propres espérances ? Her pose des questions sans en donner les réponses. A chacun de s’atteler à cette tâche, ingrate pour certains, inutile pour d’autres et indispensable pour les poètes des temps modernes que nous sommes, chacun à sa façon.
Gaspard_Savoureux
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le 3 sept. 2014

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