Ce nouveau film de Nicolas Winding Refn est voué à un curieux destin. Après les projections cannoises, il ressortait de l’opinion générale, voire unanime, que Her Private Hell était le nanar ultime d’un auteur mégalo. C’était nécessairement un film qu’on ne pouvait que détester, au point où toute opinion contraire était inaudible et vouée à être tournée en ridicule. Je n’ai en tout cas pas vu grand monde s’y risquer sur la Croisette.
Cette réception a eu un effet immédiat : pour les avant premières organisées dans quelques cinémas en fin de festival, les spectateurs un peu informés n’étaient pas là pour découvrir le nouveau film de NWR et se faire leur propre avis. Cet avis était déjà définitivement arrêté et ils n’étaient là que pour constater l’étendu du naufrage, déjà convaincus que le film ne méritait que leur mépris. C’est simple, au premier plan du film, qui n’a rien de particulièrement hilarant, la moitié de la salle s’est mise à pouffer. Difficile, dès lors, d’espérer rentrer dans le film.
Her Private Hell est-il pour autant un chef-d’œuvre incompris ? Je ne le pense pas. C’est un film plein de tares, globalement très bête, avec une représentation des hommes et des femmes complètement dépassée, des lignes de dialogues ringardes et des moments de cringe absolu. Sur la forme, Refn se caricature et abuse de ce qui est désormais sa signature – néons et lents travellings latéraux. Les acteurs et actrices ne jouent pas, ils posent.
Et pourtant, malgré tous ces défauts, j’ai passé un bon moment devant ce film malade que j’ai quand même envie de défendre. Du début à la fin, je suis resté attentif et le film a provoqué chez moi des sentiments que je ne ressens pas beaucoup au cinéma. On sent que NWR maîtrise son art, c’est très propre, bien photographié, superbement éclairé et accompagné d’une BO réussie. Certaines scènes dégagent quelque chose qui peut être aussi repoussant que fascinant ; tout paraît superficiel sans que ça semble incohérent dans cet univers ; la violence fait irruption de manière toujours très brutale et les chorégraphies sont impeccables. Bref, j’ai du mal à considérer qu’il n’y a rien à voir.
Sur le fond, je trouve effectivement le scénario grotesque et poussif, mais ça se suit relativement facilement et c’est loin d’être aussi cryptique que ce que j’ai pu lire. Même dans ses moments les plus gênant, j’ai l’impression que Refn sait pertinemment ce qu’il fait. Il place le curseur du mauvais goût où il le souhaite, il s’amuse de lui-même comme de son spectateur et ça donne in fine une expérience déroutante, irritante, critiquable, mais aussi ludique et intrigante.
En définitive, je recommanderai surtout aux cinéphiles d’aller en salle se faire leur propre avis, sans attente mais sans a priori non plus. Her Private Hell a tous les défauts pour se faire détester mais ce serait une erreur de ne même pas essayer de voir ses qualités. Je crois surtout que je suis plus curieux de savoir ce qu’on pensera de ce film dans 10 ou 20 ans que ce qu’on en pense aujourd’hui