7
3172 critiques
Home cheat home
De temps à autre, je retente une incursion du côté du cinéma d’horreur, dans lequel je loupe sûrement pas mal de choses depuis des années ; et force est de constater que de cette pléthorique...
le 20 oct. 2018
Hereditary est LE film d’horreur dont tout le monde parle cette année. À juste titre ? Oui et non, mon bilan est mitigé.
Le film est incroyable niveau mise en scène mais son scénario pété et inutilement flou (et le rapport au final de l’hérédité dans tout cela, ma petite dame?!) ainsi que son manque final d’éléments effrayants nuisent au ressenti final.
La mise en scène est vraiment léchée avec des effets jouant sur les :
dimensions passant de la maquette à la réalité sans que l’on puisse toujours distinguer à quelle échelle l’on se situe
environnements avec des transitions sur une position d’un personnage arrêté se transposant d’un endroit à un autre sans qu’il ne bouge
temporalités passant de la nuit au jour sans transition
réalités/perceptions avec ce magnifique plan du rétroviseur intervenant en dehors de son élément ou les pièges de l’esprit croyant voir ce qui n’est qu’une forme anodine dans la pénombre
Mais le film ne fait pas vraiment peur. Ce qui nous amène à la question ? Un film d’horreur peut-il être réussi s’il ne crée aucune terreur ? Je pense qu’il n’y a pas de réponse précise mais que le genre horrifique doit quand même effrayé que pour être crédible (sinon on tombe dans le thriller ou dans le fantastique). L’effroi après peut prendre plusieurs formes. Un frisson quand on laisse son imagination contrôler ce qu’il y a derrière une porte ou au fond du couloir est suffisant… Ce film-ci peut mettre mal à l’aise mais il ne vous plongera pas dans la peur même lors de ses passages les plus horrifiques (après dans la vraie vie à pareille situation, je me serais pissé au moins trois fois dessus qu'on se le dise). Personnellement, il m'a généré quelques frissons liés à l’inconnu de ce qui allait suivre. C’est notre imagination qui va nous amener dans l'horrifique car à l’écran, on ne verra rien générant la peur, ni rien d'innovant dans l'horreur. Et ce n’est pas forcément un mal. Par contre une certaine prévisibilité de l’action n’aide pas à installer cette peur, et ça, c’est dommage !
Par exemple, le zoom sur le symbole de l’unique poteau sur la route du frère emmenant sa sœur à la soirée traduit clairement et directement l’accident sur le chemin du retour. Même si ça n’enlève rien à la scène certainement la plus percutante (#JeuxDeMotsQuandTuNousTiens…) du film.
Le scénario est impossible à déchiffrer avant la toute fin. Si très vite, on comprend qu’il y a un problème au vu de l’antécédent familial de la famille et du comportement de la petite dernière (je veux dire à partir du moment où ton gosse fait cet horrible bruit de claquement de langue en permanence sans se prendre trois tartes dans la tronche, il y a un souci et plutôt profond !), il est néanmoins impossible d’en déterminer la cause. Le titre du film forcément nous aiguillant sur quelque chose qui se transmettrai à la famille ne fait que nous emmener sur des fausses pistes.
On pense à une malédiction, on pense à un trouble génétique, on pense à beaucoup de choses alors que l’horreur de l’hérédité est simplement une influence dont on n’arrive pas à se débarrasser. La mère reproduisant le conflit familial qu’elle a toujours connu, l’influence de la grand-mère de son vivant sur sa petite fille, la place de chacun dans la famille, les non-dits qui se répercutent, l’ambiance familiale qui ne se relève pas…L'horreur du quotidien que l'on se transmet via des environnements familiaux qui prennent ici des dimensions importantes.
Et finalement on ne comprend plus comment les choses fonctionnent après un final prenant une direction plus musclée.
She isn't gone.
Il y a des clefs qui manquent pour déchiffrer pleinement le film et c’est bien dommage. Pourquoi ? Parce que le parti prenant de ne rien expliquer et de ne pas donner les moyens de lire l’aspect fantastique de la chose pendant tout le film permettait de concentrer son histoire sur le disfonctionnement familial en cas de graves stress. Mais quand le film s’accélère et que cette fin où les explications arrivent de manière hyper concentrées et sans logique de fonctionnement ne fait qu’atténuer le travail de mise en scène préalablement établi, ça nuit à la lisibilité finale. L’écriture de l’aspect fantastique aurait dû être beaucoup plus simpliste et aboutir à une action plus cohérente pour fonctionner pleinement à mon sens. Là, on a une action lambda avec un fourrage d’informations qui ne permet de toute manière pas d’élucider la majorité des questions que l’on se pose durant le film…
Comment la mère apparait à sa fille ? Ok, si c’est un jeu de son esprit suite au décès, cela devient une manipulation facile du film et ce d'entrée de jeu… Pas cool. Comment l’esprit diabolique dans Charlie se fait tuer aussi facilement et ne semble avoir aucun pouvoir (sauf si être un freak est le nouveau power à la mode) ? Qu’est-ce que l’hérédité vient faire dans cette histoire ? Je n’ai aucun souci que le titre du film soit simplement pour concentrer sa lecture sur le noyau familial et les troubles qui y règnent mais il y a tellement de choses étranges dans cette famille que cela me parait léger. Qu’est-ce qui s’est passé précédemment avec la mère voulant torcher ses gosses ? Quel rôle avait la mère dans tout cela sachant que sa fille ne la voyait plus à ce moment-là ? Pourquoi ne pas avoir trouvé n’importe quel nouveau-né masculin pour contrôler l’invocation du démon ? Pourquoi cela devait être absolument un de ses descendants ? Parce qu’elle était la chef du culte…? Pas vraiment une raison. En quoi le culte est relié directement à la famille et comment la grand-mère s’y est retrouvée ? Comment le gamin pouvait déjà être hanté par l’esprit avant la séance de spiritisme ? Et si c’est le cas, à quoi servait réellement cette séance ? Le démon pouvait se manifester en dehors de la possession directe ? Et si oui, pourquoi ne force-t-il pas directement lui-même les choses à son avantage ? Et à part être couillon, il fait quoi ce démon? Et qui prend possession de la mère pour la faire léviter et se trancher la tête tranquillement? Manifestement ce n'est pas notre démon parce qu'il est nettement plus lympathique et couillon? À quoi correspondent les mots gravés sur les murs de la maison ? Quelle force permet de générer les circonstances de l’accident ? Et, surtout, pourquoi cette famille américaine posséde deux Volvo’s de la même gamme? C'est suspect, ça ne fait que m'empêcher de me concentrer pendant tout le film...
Cette fin me laisse donc perplexe. Je trouvais la mise en scène fantastique et l’envie d’en savoir plus, de comprendre les forces en place, était forte et puis une fois le condensé d’action/révélations passé, je ne sais plus trop quoi en penser. Ça me met face à plus d’interrogations que de réponses. Et j’ai l’impression de chercher moi-même à justifier ce qui n’a pas été présenté à l’écran.
Du côté des acteurs, Toni Collette offre une superbe performance comme à son accoutumée. Passant de l’angoisse à la colère incontrôlable, on sent réellement le désarroi d’un personnage perdant prise tout en tentant vainement d’essayer de sauver ce qu’il lui reste. Et Alex Wolff lui réplique magnifiquement bien jouant le fils de famille complètement ravagé par ce qui l’entoure et perdant complètement conscience de la réalité dévoré par l’angoisse et le remord jusqu’à devenir complètement étranger de son enveloppe corporelle. Les autres personnages ont plus un jeu anecdotique dans l’intrigue mais ne démérite pas pour autant.
DON'T you swear at me, you little shit! Don't you EVER raise your voice at me!
Petit bémol, l’utilisation abusive de l’effet sonore marquant du film. Il est tellement utilisé que ça dédramatise ce qui aurait pu constituer une scène effrayante : après un long moment de silence, le bruit se serait fait retentir dans une pénombre dissimulant ce qui entoure le personnage. Et non dès le départ et dans à peu près toutes les scènes le concernant...
Bref, un film complètement réussi sur sa forme qui renouvelle intelligemment le genre horrifique en lui donnant un soin rarement égalé dans le genre mais qui loupe, à mon sens, la présentation de son fond. Un film très intéressant à regarder et que je conseille donc mais pas aussi marquant au final que l’on aurait pu l’espérer dû en partie à un dénouement fort précipité.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Les meilleurs films de 2018 et Une Volvo... dans tous mes films d'horreur!
Créée
le 29 juin 2018
Critique lue 475 fois
7
3172 critiques
De temps à autre, je retente une incursion du côté du cinéma d’horreur, dans lequel je loupe sûrement pas mal de choses depuis des années ; et force est de constater que de cette pléthorique...
le 20 oct. 2018
6
6830 critiques
Le cinéma fantastique semble être devenu depuis quelques années le terrain d'expérimentation de jeunes metteurs en scène ambitieux, qui aspirent à conjuguer une vraie intelligence de la mise en scène...
le 24 juin 2018
7
174 critiques
Aujourd'hui nous nous rendons dans une ville américaine, une petite ville sans histoire qui abrite une famille pas comme les autres. En effet, le père de famille vit un enfer dans ce qu'il appelle...
le 22 juin 2018
8
227 critiques
Lion est le premier film de Garth Davis, et le moins que l'on puisse dire, c'est que pour un premier long métrage, il s'agit d'une réussite! Un enfant de 5 ans vivant dans une pauvreté extrême, mais...
le 31 janv. 2017
7
227 critiques
the Autopsy of Jane Doe est un petit film d'horreur très sympathique. Sans prétention et sans effet forcé, il arrive à faire monter une tension par l'utilisation de petites choses simples (un bruit...
le 15 avr. 2017
7
227 critiques
Je n'avais absolument pas entendu parler de ce film, ni ne savait réellement de quoi il s'agissait avant de voir dans l'horaire du ciné que ça se combinait bien avec la sortie du boulot et que le...
le 12 avr. 2017
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème