Ari Aster : naissance d’un cinéaste.

Dès son ouverture, Hérédité installe un malaise qui ne vous lâchera plus. Ari Aster orchestre son film comme une lente descente vers l’inéluctable, où chaque plan semble guetter le moment précis où la cellule familiale se fissure. On n’est pas seulement face à un film d’horreur : on assiste à une tragédie antique transposée dans une maison américaine, baignée d’ombres et de secrets.


Le réalisateur joue de la profondeur de champ, de la précision des cadres et d’une gestion du silence rare dans le genre. Ici, l’horreur n’est pas un surgissement, mais une contamination progressive. Les non-dits s’incrustent, les gestes quotidiens deviennent inquiétants, et chaque bruit (un cliquetis de langue, un pas dans le couloir) prend une dimension spectrale.


La performance de Toni Collette est proprement hallucinante. Elle incarne Annie comme une tragédienne possédée, oscillant entre fragilité et explosion émotionnelle, sans jamais perdre cette vérité viscérale qui fait mal à regarder. Les autres interprètes (Alex Wolff, Milly Shapiro, Gabriel Byrne) forment un chœur dissonant où chacun porte, à sa manière, une part de la malédiction.


La réussite de Hérédité, c’est aussi son refus de choisir entre horreur psychologique et horreur surnaturelle. Les deux se nourrissent l’une de l’autre, au point qu’il devient impossible de distinguer où s’arrête le traumatisme familial et où commence la manipulation occulte. Ari Aster nous enferme dans une spirale dont on devine l’issue, mais dont chaque tour resserre l’étau un peu plus. Rarement un film aura su autant marier mise en scène millimétrée, intensité dramatique et terreur pure. En sortant, on n’est pas simplement secoué : on a l’impression d’avoir partagé le fardeau d’une famille vouée au sacrifice.


En 2018, Hérédité marquait la naissance d’un cinéaste. En 2025, il reste une œuvre matricielle du cinéma d’horreur contemporain, de celles qui vous hantent bien après le générique.

guipolgpl
9
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le 8 août 2025

Critique lue 12 fois

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