Hitcher
7.2
Hitcher

Film de Robert Harmon (1986)

Compliqué d'aborder ce film sans regarder dans le rétroviseur (vous l'avez ?) de celui qui l'a commis. Autant dire qu'il ne partait pas gagnant : premier métrage d'un réalisateur dont l'anthologie se limite à une poignée de films pas vraiment mémorables dont Nowhere to Run avec JCVD que j'ai trouvé au mieux "intéressant" (pire compliment que l'on puisse faire à une œuvre) et une série de téléfilms à tendance hard boiled guère plus attirante.

Pas le pedigree le plus séduisant avant de lancer le visionnage et pourtant, à en juger le résultat de ce Hitcher, on pourrait dire qu'il tenait là le projet d'une vie ... ou bien qu'il cachait un atout dans sa botte en la personne de John Seale, cadreur et directeur photo de Peter Weir. Forcément ça dépanne un peu.

Dès l'ouverture la mise en scène vient vous choper par son impudeur que l'on pourrait presque qualifier de pornographique. Le personnage incarné par Rutger Hauer est mystifié par une radicalité symbolique. Il n'est pas un être humain mais une présence, une forme spectrale inaltérable et inarrêtable portée par une esthétique qui vire à certains moments vers l'expressionnisme (oui messieurs dames le mot est lâché). L'atmosphère est poussiéreuse, les lumières viennent sculpter un corps avec en ligne de mire la tentative de capitaliser sur l’inquiétant magnétisme déjà à l'œuvre dans Blade Runner.

L'exécution tient sur une ligne de crête qui frôle le grossier sans jamais tomber dedans. Le côté rentre dedans de Robert Hamon et la photo plus intériorisée de Seale nous amènent vers un troisième champ qui chez moi fonctionne du feu de Dieu. Un tout qui est plus que la somme des parties comme on aime le dire.

Au sujet de Dieu justement, le héros prend le rôle de celui qui voit mais qu'on ne veut pas croire. Seul témoin prophétique d'une violence absolue n'ayant pas d'autre but que de tuer pour tuer. Un mal à l'état pur sans ambition autre que son caractère inéluctable. Une mystique qui dénote d'une filiation formelle avec celle de Terminator sorti 2 ans plus tôt mais lui retirant l'intentionnalité politique très terre à terre de celui-ci (tuer John Connor pour détruire la résistance humaine).

Il se rapprocherait de loin d'un mal à la Carpenter pour son caractère insondable et extérieur à toute matérialité sociale mais ce serait oublier le motif religieux qui pèse sur tout le film.

Plusieurs plans solaires viennent rappeler à notre héros qu'il n'a plus qu'à s'en remettre à l'appel du divin, de l'obligation de passer par une épreuve purificatrice pour s'en sortir (de là à tirer l'exégèse théologique par les cheveux en le comparant à Moïse séparant la mer de bagnoles de flic en deux lors d'une scène de poursuite au demeurant assez bien fichue il n'y a qu'un pas que je ne franchirai pas). Cette purification passera par la traversée progressive d'étendues sauvages de plus en plus vides nous amenant inéluctablement vers cet épilogue se déroulant dans un environnement désertique immaculé, épuré et tellurique, un espace mental irréel.

Point d’orgue attendu durant tout le film, la confrontation finale nous saisit par sa brutalité mais ne convoque pas de sentiment d'apaisement malgré la réparation vengeresse. Battre son démon n'aura pas la vertu d'apaiser le mal en lui. Il n'a pas traversé le désert, il s'y trouve toujours.

Bouillabaise
8
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Créée

le 28 févr. 2025

Modifiée

le 10 mars 2025

Critique lue 38 fois

Bouillabaise

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2

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