La guerre selon Raoul Coutard, avant d'être une histoire, c'est d'abord une sensation. fumigènes aux couleurs vives, tempêtes de poussière dans le sillage d'engins de guerre, carlingues aux couleurs de la jungle et silhouettes casquées devant une vitre salie. C'est avant tout le film d'un photographe.
Et puis le récit se lance, et il est impossible de ne pas penser à un Allemagne année zéro, avec cet enfant qui sera livré à lui-même dans une guerre qu'il ne comprend pas. Il confond les détonations avec l'orage, et s'extasie de la beauté des lueurs aperçues.
Cela vaut comme programme car, contre toute attente, Hoa-Binh est aussi un ode à la vie. L'enfant continue à sourire, même si ce n'est pas souvent, et son sourire est un rayon de lumière. Hoa-Binh n'est pas le récit de la guerre, c'est le récit de ceux qui continuent à vivre leur vie dans un pays en guerre. Mais, loin de tout misérabilisme, Raoul Coutard offre le récit d'une résilience, et d'une enfance qui n'est pas prête à sacrifier sa capacité à s'émerveiller.
Et le film, peu bavard, volontiers contemplatif, est surtout magnifique, offrant parfois d'étonnantes visions. Comme cet énorme bâteau semblant glisser dans la forêt, réminiscence peut-être d'une scène similaire dans Laurence d'Arabie.
Non pas que Hoa-Binh ne soit pas un drame, comment pourrait-il en être autrement? Mais c'est surtout un chant d'espoir : les armées passe, la vie continue.