Alors que sa durée initiale est de 129 minutes, bien remplies, la sortie française de Hokusai est annoncée avec une longueur de 90 minutes seulement. Quel dommage, si c'est le cas, tant le film de Hajime Hashimoto ne prend son ampleur que dans sa construction, en deux époques principalement, celle de la jeunesse de l'artiste, fougueuse, rebelle et insatisfaite, et celle de la vieillesse d'un homme qui jugeait négligeable sa production d'avant ses 70 ans. Le peintre, dessinateur et graveur, qui utilisa pas moins de 120 noms ou pseudonymes, en guise de signature, n'est pas que l'auteur de la célèbre Grande vague de Kanagawa, il est aussi un témoin du "vieux Japon", encore fermé aux influences occidentales, une époque de turbulences où les autorités conservatrices jugeaient l'art comme "moralement corrupteur", allant jusqu'à détruire des œuvres et à emprisonner un maître comme Utamaro. Hokusai se démarque des biopics traditionnels, en négligeant une grande partie de la vie de ce "vieux fou de dessin" (il en laissé environ 30 000), et en s'efforçant de montrer le processus de création, comme on l'a rarement réussi à le faire au cinéma. Les qualités esthétiques du film sont indéniables mais ne surchargent pas inutilement son propos, autour de la passion obsédante d'un homme et de sa soif de liberté, dans un environnement qu'il espérait voir évoluer jusqu'à sa disparition.