Sur trois ans de tournage, le duo Tamara Kotevska et Ljubomir Stefanov sont revenus d’une croisade hors du commun et hors du temps. Ce n’est pourtant pas la première fois que l’on cherche à établir une relation fusionnelle entre le spectateur et l’environnement qu’on lui présente. Mais la force du documentaire réside également chez les autochtones d’un territoire inhospitalier… et pourtant, on y distingue plus de richesse et de vie que dans l’agglomération voisine, plus certaines raisons qui nous rapprocheront de plus en plus de la nature, que l’on exploite au besoin. Ce récit authentique démontre ainsi les limites de ces besoins, à travers une lutte pour la survie de son foyer.


Chacun son or, donc. Le cycle est établi entre Hatidze Muratova et les abeilles de sa région, fifty-fifty. Cette relation s’entretient avec sérénité, sur ces hauts plateaux montagneux macédoniens, tenant parfois du surnaturel, tant la beauté et l’intemporalité subjuguent. De même, la proximité avec son quotidien nous rapproche de son intimité, de ses fragilités mais surtout de sa force. Elle la puise, sans prétention et avec autorité, malgré la culture du troc qui n’attire que les rapaces les plus gourmands. De jour en jour, elle endure les ravages du temps, sans pour autant se laisser abattre physiquement et moralement. Malgré cela, nous finissons par avoir peur. Et l’affection qui nous lie à l’apicultrice et sa tendre mère Nazife développe ainsi toute la noblesse de ce voyage, où chaque spectateur s’implique moralement. Chaque excursion dans la vallée nous ramène chez cette famille qui déborde d’amour et de simplicité, que l’on peut vivre avec intrusion, sachant que disputent et malaises se succèdent. Mais c’est ce qui renforce les émotions que ce projet dégage, un projet humain et patrimonial sur notre cohabitation avec des ressources naturelles.


L’œuvre ne manque pas de tragédie et elle se consolide avec la venue d’une famille nomade, troublant ainsi l’ordre de choses pour Hatidze et tout ce qu’elle possède, à savoir ses abeilles. Un conflit naît alors, plus sur un mode de vie que sur les enjeux de chaque parti, que l’on présente soigneusement, sans pour autant prendre position. Des enfants sont en difficulté sur la maîtrise de leur bétail, tandis qu’un père cultive sans relâche pour nourrir sa famille. La complémentarité est évidente au premier abord et les réalisateurs s’en saisissent pour nous faire comprendre qu’il existe un milieu entre l’effort et l’éducation. Cette parenthèse est loin d’être anecdotique, car elle symbolise également un parallèle sur la condition humaine, qui cherche par-dessus tout la paix et la fortune. Hatidze, qui a déjà tout pour elle, continue malgré tout de vivre d’un miel miraculeux et dans un monde cruel.


Le portrait de l’apicultrice, retranchée dans son mode de vie ancestral, est capturé avec une élégance, que l’on pourrait qualifier de visuellement divine. « Honeyland » nous apparaît alors si sauvage et si mature à la fois, développant ainsi la tragédie d’un monde qui s’écroule par la force du temps et du passage éphémère des hommes sur ces ruches qui nous ont précédés et qui nous succéderont. Il s’agit également de point un point écologique qui repose sur les besoins de chacun et le film joue bien sur les limites de cette aventure, extraordinaire pour ceux qui sont devant l’écran, et pourtant si tragiques pour ceux qui l’ont vécu.

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le 6 oct. 2020

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