Entre acheter et être acheté, la ligne est fine

On ne présente plus Hostel aux fans d'horreur. Le métrage d'Eli Roth est précédé de sa réputation de film gore, violent, vulgaire et, selon certains, complètement gratuit. Permettez-moi (ou pas, m'en fous) d'émettre une objection.


Certes, j'étais le premier à retenir principalement les séquences de torture gores et violentes. Celle de l'œil est particulièrement marquante, remportant d'ailleurs les Scream Award de "meilleure mutilation" et "moment "putain de merde"/"saute de son siège" Award" en 2006. (Traductions douteuses fournies par votre serviteur).

En revoyant le film, j'ai moi-même d'abord été dérangé par la nudité extrême, car complètement gratuite, me semblait-il. Et puis, 24 heures plus tard, en y repensant, j'ai compris (comme beaucoup, j'en suis sûr) qu'elle avait un sens, tout comme la violence.


Avec du recul, le parallèle entre la débauche de ces jeunes durant la première moitié du film et le sadisme de ces millionnaires durant la deuxième moitié est assez évident. Au début, nos 3 vacanciers se livrent à tous les plaisirs et fantasmes que leur permettent leurs portefeuilles : drogue, sex, prostitution. Puis ce sont leurs 3 bourreaux qui se livrent aux plaisirs et fantasmes que leur permettent leurs épais comptes bancaires: tortures, meurtres.


C'est assez fou de réaliser à quel point la scène dans la maison close (ou le bordel, si vous préférez) et celles dans l'usine abandonnée (où ont lieu les tortures) sont similaires. D'abord, les décors sont stylisés de façon à se ressembler. On a des longs couloirs, des portes qui se succèdent derrière lesquelles on entend des cris, de genres différents. De l'autre côté, des clients laissent libre cours à des fantasmes qu'ils ne peuvent pas montrer au grand jour, qu'ils doivent sustenter en étant "cachés", en privé. Dans le premier cas, les fantasmes sexuels, dans le second, ceux sadiques, meurtriers.


Dans la maison close, Josh, le "pudique" du groupe, parcourt les couloirs en apercevant malgré lui des flashs des fantasmes et plaisirs des autres. En entendant une femme crier dans une de ces salles, il s'inquiète, puis entre. Il assiste à une séance de BDSM, fantasme sexuel le plus connu. La femme se retourne et lui crie "si tu regardes, tu paies". Il s'en va.

Dans l'usine abandonnée, Paxton, dernier survivant de son trio, parcourt les couloirs, en apercevant bien malgré lui des flashs des séances de torture s'effectuant dans les différentes salles. En entendant les cris de son amie, il entre dans une de ces salles. Un homme, le bourreau, se retourne et dit "t'as qu'à te réserver une autre salle, moi je paie pour être là!" La scène est presque la même, simplement dans un lieu différent (quoique visuellement similaire).


Hostel est donc une descente progressive dans les tréfonds du capitalisme. Le trio de voyageurs, d'abord, se paie des femmes (les prostituées) pour satisfaire leurs fantasmes sexuels. Ensuite, les bourreaux millionnaires se paient le trio de voyageurs pour satisfaire leurs fantasmes sadiques. Dans ce monde, on peut tout se payer, à condition d'y mettre le prix.


J'ai gagné beaucoup grâce à toi, et ça fait de toi, ma pute.

L'inversion des rôles est très claire. Ce n'est plus Paxton qui achète, mais lui qui est acheté.

Créée

le 8 juil. 2025

Critique lue 16 fois

Alan-pas-Grant

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