S'il est un peu moins gore que le premier volet (un peu seulement), Hostel 2 est nettement plus barré. On peut facilement être rebuté par le concept (et les images) très provocateur, ou simplement agacé de cette volonté de choquer. Ou on peut aussi se laisser prendre au jeu, trouver cette violence extrême magnifiquement absurde et déjantée tant on est dans l'excès.
Je pense entre autres à la mort de Lorna.
D'un côté, le film est empreint d'un humour très noir, notamment amené par cette violence absurde et exubérante. La scène où des gamins jouent au foot avec une tête fraîchement décapitée en est le paroxysme. En ce qui est du reste du film, l'humour est en fait si noir que je ne serais pas surpris que certains ne l'aient même pas remarqué, malgré son omniprésence. Mais je pense entre autres au mec qui, dès qu'il a enfin tué quelqu'un, se sent tout de suite plus viril et se met à insulter la protagoniste, la traitant de pétasse, etc. Il est absolument ridicule, et je suis persuadé que c'est volontaire (j'y reviens bientôt). La plupart du temps, cependant, "l'humour" ne fait pas vraiment rire et provoque plutôt un malaise qui n'est pas inapproprié dans ce genre de film.
D'un autre côté, Hostel 2 est plus psychologique que le premier. Déjà, il y a plusieurs scènes de suspens, course-poursuite, confrontation etc, qui créent une réelle tension sans aucun besoin d'effets gores, ce qui n'était pas vraiment le cas du premier. Mais surtout, il y a une rencontre entre le spectateur et les bourreaux, qui prennent une place importante dans le récit : on découvre ces derniers et leurs motivations, et c'est assez glaçant. Le "conflit moral", qui devrait évidemment ne même pas avoir lieu, est terrifiant.
Maintenant, c'est le moment où je vais prendre un risque: celui de suggérer qu'un film tel que Hostel 2 ait un message intéressant. En fait, même deux, puisqu'il reprend l'évidente critique du capitalisme du premier, et la renforce même en nous présentant des riches qui achètent leurs victimes aux enchères. Mais c'est un autre aspect qui m'intéresse.
Mon interprétation peut être discutée, peut-être ne vois-je que ce que j'ai envie de voir, mais j'ai vraiment l'impression que le film dénonce le comportement de certains hommes machistes envers les femmes. Tôt dans le film, on voit nos protagonistes insultées puis harcelées par un groupe d'hommes misogynes, qui finissent par sous-entendre tout bonnement qu'ils songent à les violer. Lorsqu'elles essaient de leur échapper, deux autres hommes les suivent du regard... pour les reluquer. Elles semblent être considérées comme des objets par la plupart des hommes à bord du train.
Quelques autres scènes étranges de drague un peu forcée se suivent au cours du film (notamment lors de la fête), mais rien de vraiment probant.
Puis, finalement, arrivent les deux bourreaux dont je parlais précédemment. On découvre donc leurs motivations, qui, sans spoiler, sont essentiellement une histoire de virilité. Un des deux, appelons-le Débile Deux, semble d'ailleurs avoir de la peine à se faire respecter par sa femme. Puis Débile Deux, justement, se met à insulter notre protagoniste, avec les mêmes termes misogynes que le groupe d'hommes dans le train. Comme je le disais, le personnage (Débile Deux) est absolument ridicule, et j'ai vraiment l'impression qu'Eli Roth se moque de lui et de ce genre de comportements "virils".
Ma femme? Ma femme!? J'ai pas le droit de la tuer, ma femme!
Je suis fort, ouais. Je suis un putain d'Hercule, ouais !
Espèce de pétasse. Tu vas me respecter maintenant.
Vous voyez ce que je veux dire ? Il est faible, profondément misogyne, et sa haine envers les femmes et sa violence viennent justement de sa propre faiblesse.
La très violente scène de castration, effectuée par une femme, est d'ailleurs proche de complètement me convaincre de mon interprétation.
J'ai donc espoir que ce film ait un message vaguement féministe (un peu vieilli depuis, cependant) ou du moins anti-machiste, en plus d'un simple spectacle violent et décalé. Sans oublier la critique du capitalisme, comme dans le premier.