Grande claque émotionnelle de ce premier trimestre 2018, "Hostiles" est avant tout un retour inattendu aux thématiques du grand western classique, puisqu'il est impossible de ne pas penser régulièrement à Ford, Walsh ou Mann devant ce récit patient d'un convoyage de prisonniers indiens à travers l'Ouest américain, doublé d'un trajet moral chez les deux protagonistes principaux, une veuve brisée par le massacre de sa famille et un "vieux"soldat consumé par la haine et la honte de toutes les horreurs vues et commises. Mais bien sûr, comme nous sommes en 2018, Cooper - qu'on n'avait jamais encore connu aussi inspiré - ne fait pas l'impasse sur les leçons de cinéma prises chez Eastwood : il sait injecter dans son film, qui courait forcément le risque de verser dans la démonstration politiquement correcte, une belle sécheresse narrative et une saine touche d'ambigüité dans ses personnages.


Au delà de ses qualités formelles évidentes, et en particulier de la beauté classique de ses paysages américains qui nous apparaissent à nouveau incroyablement vierges, "Hostiles" s'enrichit inévitablement d'une réflexion post-moderne sur la violence inouïe qui a servi de "ciment universel" dans la construction des États Unis, et qui constitue la malédiction profonde de la société qui en est issue. La dernière confrontation, avec un propriétaire défendant son droit à la propriété supérant le pouvoir politique, témoigne d'une vision lucide - et engagée - des fondements inhumains du pays. A partir de là, la civilisation peut advenir (le chemin de fer), le mal fait ne pourra jamais être défait.


PS : "Hostiles" souffre malgré ses immenses qualités d'un défaut de rythme, abusant de l'alternance systématique entre lenteur contemplative bienvenue et explosions de violence extrême, qui l'empêche d'atteindre au statut de chef d'oeuvre absolu.


PPS : Et revoilà pour la troisième fois en deux semaines Timothée Chalamet ! Ça s'appelle un acteur désormais incontournable.


[Critique écrite en 2018]

Eric-Jubilado
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleurs films de 2018

Créée

le 21 mars 2018

Critique lue 1.1K fois

Eric-Jubilado

Écrit par

Critique lue 1.1K fois

33
6

D'autres avis sur Hostiles

Hostiles

Hostiles

9

Behind_the_Mask

1491 critiques

Retour à la terre

Histoire d'un aller simple, Hostiles s'impose comme une ode au genre western qu'il investit, qu'il anime, qu'il magnifie. Scott Cooper a tout d'un grand et continue de questionner, tout au long de sa...

le 14 mars 2018

Hostiles

Hostiles

7

Sergent_Pepper

3186 critiques

« We’ll never get used to the Lord’s rough ways »

“The essential American soul is hard, isolate, stoic, and a killer. It has never yet melted.” La citation de D.H Lawrence, en exergue, et reprend le flambeau du grand western : coucher sur un papier...

le 15 avr. 2018

Hostiles

Hostiles

7

guyness

895 critiques

Huns partout, Bale au centre

Aïe aïe aïe... Il ne faudrait surtout pas que la suite de la carrière de Scott Cooper soit calquée sur les dernières vingt minutes de son film. Le garçon est capable de fulgurances, on le sait depuis...

le 21 mars 2018

Du même critique

Je veux juste en finir

Je veux juste en finir

9

Eric-Jubilado

6879 critiques

Scènes de la Vie Familiale

Cette chronique est basée sur ma propre interprétation du film de Charlie Kaufman, il est recommandé de ne pas la lire avant d'avoir vu le film, pour laisser à votre imagination et votre logique la...

le 15 sept. 2020

Les Misérables

Les Misérables

7

Eric-Jubilado

6879 critiques

Lâcheté et mensonges

Ce commentaire n'a pas pour ambition de juger des qualités cinématographiques du film de Ladj Ly, qui sont loin d'être négligeables : même si l'on peut tiquer devant un certain goût pour le...

le 29 nov. 2019

1917

1917

5

Eric-Jubilado

6879 critiques

Le travelling de Kapo (slight return), et autres considérations...

Il y a longtemps que les questions morales liées à la pratique de l'Art Cinématographique, chères à Bazin ou à Rivette, ont été passées par pertes et profits par l'industrie du divertissement qui...

le 15 janv. 2020