Hostiles est un film indéniablement solide, porté par une interprétation remarquable — Christian Bale en tête — et par une mise en scène qui sait tirer parti de la majesté des paysages américains. Visuellement, le film impose quelque chose : une ampleur, une rudesse, une beauté presque funèbre. On sent le western crépusculaire, le film de culpabilité, de deuil, de réconciliation impossible avec l’Histoire.
Mais c’est aussi là que le film atteint assez vite ses limites. Car derrière cette noblesse esthétique, le récit reste finalement assez convenu : un homme dur, marqué par la haine et la guerre, est contraint d’accompagner ceux qu’il méprise, et va peu à peu être déplacé intérieurement par cette traversée. L’évolution du capitaine Blocker est intéressante, mais elle emprunte un chemin assez balisé.
Le film mise énormément sur les silences, les regards, les non-dits, les blessures enfouies. C’est souvent élégant, parfois puissant, mais cela finit aussi par donner une impression d’insistance. À force de retenir l’émotion, de taire les explications, de laisser les personnages porter seuls tout le poids du passé, le film devient parfois plus opaque que profond. Certaines informations essentielles sont livrées en quelques secondes, presque furtivement, alors que d’autres moments s’étirent longuement sans apporter grand-chose de décisif. Cela crée un déséquilibre assez frustrant : le spectateur peut décrocher quelques instants pendant une scène contemplative, puis se retrouver à manquer précisément l’élément narratif qui permettait de comprendre la suite.
C’est sans doute le principal défaut du film : son rythme. La lenteur n’est pas un problème en soi, surtout dans un western méditatif, mais ici elle paraît parfois trop appuyée. On sent la volonté de faire un grand film grave, âpre, silencieux, presque cérémoniel. Mais par moments, cette gravité devient pesante. Le film aurait probablement gagné en force avec une durée plus resserrée. En 1h40 ou 1h45, il aurait pu conserver sa matière émotionnelle, son ampleur visuelle et son propos moral, tout en évitant cette impression de dilution.
Cela dit, Hostiles reste un bon film. Pas un film anodin, pas un film raté, loin de là. Il y a une vraie tenue, une vraie ambition, une vraie sincérité dans sa manière de regarder la violence, le racisme, le deuil et la possibilité tardive d’une humanité retrouvée. Mais c’est un film que l’on admire peut-être plus qu’on ne le traverse avec passion. On reconnaît ses qualités, on respecte son sérieux, on est touché par certains moments — mais on peut aussi sentir, à plusieurs reprises, l’envie d’en sortir.