Depuis le temps que ce film me regardait du coin de l'œil en grande partie pour sa présence dans le classement de Sight & Sound, il fallait bien que je le regarde un jour.
Le film fourmille d'idée de plan et de scènes sans réelle continuité qui sont justes vraiment des envies et des idées assemblées ensemble. La mise en abyme est évidente : qui du réalisateur du film ou du réalisateur dans le film est le personnage ? L'impossibilité de produire de l'art, le ras-le-bol de toute l'industrie, et au final le ras-le-bol de la vie; tout cela pour mieux aimer.
Que dire des deux scènes d'ouvertures, la scènes de claustrophobie à la Haneke et la scène où tous les personnages vont récupérer leur petite coupe d'eau sur fond de la musique du barbier de Seville. Les deux sont à la fois tellement opposée dans le sentiment dégagé mais communes dans leur oppression.
Ce qui m'a le plus frappé c'est de voir dès le début des similitudes avec Vers un avenir radieux (2023) de Nanni Moretti. Au début je me suis dit que ce n'était sans doute qu'une coïncidence mais le film avançant la coïncidence s'est transformée en similitude jusqu'à ce que la volonté d'en faire une reprise est devenue évidente. Vu l'accueil que son film avait reçu, je vais sûrement paraître fou mais Nani Moretti l'a fait en mieux !
Il s'est offert son propre 8 1/2 en en faisant un film encore plus incisif et critique de son temps et pas seulement du cinéma. Car c'est là que Moretti réussit là où Fellini n'a pas : l'humour ne doit pas servir qu'à rythmer son film mais peut être une vraie structure de son film. D'autant que ce qui est dommage c'est qu'on sent que Fellini a envie de faire de son reflet de réalisateur un homme arrogant mais n'ose pas.
Voir Moretti après Fellini est sans doute la meilleure chose qui me soit arrivée : certes Moretti se place à la suite de Fellini, sauf qu'il réussit tellement que l'on se demande si Fellini n'a pas voyagé dans le temps pour faire une préquel chronologiquement mais la suite artisitiquement de Moretti.
Et si au final, ces deux films n'étaient pas les deux têtes d'une créature non linéaire. Car au final, Moretti l'a tourné son film, lui.