Hungry
4.5
Hungry

Film de James Nunn (2026)

Je préfère l’annoncer de suite : ceux qui espéraient, comme moi, trouver dans ce Hungry une adaptation officieuse d’Hippogloutons en seront pour leur frais. Ce n’était pas le projet du film, et ça ne servira à rien de se lamenter. Hungry avait une toute autre ambition, nettement plus mesurée. Presque anecdotique, pourrait-on dire dans un premier temps, car c’était celle de proposer une sorte de remake de Rogue en déplaçant l’intrigue des rivières des Territoires du Nord au bayou marécageux de la Louisiane, et en remplaçant le gros croco vénér du film de McLean par un hippopotame tout aussi atrabilaire.

Hungry s’ouvre sur le genre de petite séquence classique qui introduit généralement ce genre de film, la première « victime », ici un gros alligator qui se fait massacrer par une encore plus grosse bête inconnue… enfin, inconnue, le spectateur sait bien ce qu’il est en train de regarder, était-ce la peine de jouer le mystère ? On notera tout de même la présence d’une tortue très bien filmée et très expressive, faisant passer la pilule de cette introduction médiocre au film qui démarre dans un bar où joue un groupe de jazz puisqu’on est en Louisiane. On retrouve alors les deux protagonistes du film, deux chicks occupées à se mettre la race proprement et dans des quantités qui terrasseraient n’importe quelle poche de compète. Faut toujours se méfier des Géraldine qui pèsent 28 kilos mais qui sont capables d’enfiler 12 shots et une flopée de cocktails et qui sont capables de se lever le lendemain matin pour s’en aller mater des crocodiles avec une demi-douzaine de touristes, incarnant, forcément, un classique échantillonnage social. La première bonne idée de Hungry, et il en comportera quelques unes, c’est de dégager directement le guide baroudeur lors de la première attaque. La seconde est de l’avoir appelé « Gator Joe », ce qui m’a amusé bien 5 bonnes minutes. Le groupe de touristes va alors devoir survivre, seuls dans le bayou, aux agressions répétées d’un gros hippo territorial, supergrognon mais turbochoupi. « L’hippopotame, nous avait dit l’énigmatique vieux chasseur, ne vous tuera pas parce qu’il a faim. L’animal est végétarien. Il vous tuera surtout parce qu’il veut vous voir mourir. » Bon, du coup j’imagine que le type qui a choisi le titre n’avait pas vu le film …


Dans son déroulement attendu, le film s’en sort correctement, et arrive même à se ménager des moments plutôt chouettes, oscillant entre l’attente insupportable et les effusions de violence, dérivant à l’occasion vers des ambiances plus tragiques (le triste suicide de la mère de famille qui a tout perdu) et parfois pas trop mal ficelées. Le film a beau être archi balisé pendant les ¾ de son déroulement, le réalisateur arrive à créer quelques espaces et se permettre quelques coquetteries. D’après mes notes, j’avais visiblement remarqué un hommage plutôt sympa à James Cameron, mais je ne pourrais pas vous en dire plus parce que j’ai tout oublié. D’une manière générale, James Nunn (je déconseille quand même fortement d’aller voir sa filmographie) fait le boulot avec application et bonne volonté. Quelques visions dantesques à base d’hippopotame vénér impriment même la rétine – et ça c’est une phrase qui fait plaisir à écrire et d’une manière générale, le bestiau est plutôt convaincant, ne trahissant que rarement sa nature numérique. Par moment, on dirait qu’ils ont utilisé un vrai hippopotame, mais en réfléchissant deux secondes, ça m’étonnerait quand même.


Reste la question évidente que le spectateur se pose dès qu’il a entendu parler de ce film : « Un hippopotame dans le bayou ? What the fuck ? » Eh bien, c’est là que le film prend une ampleur insoupçonnée en déroulant d’un coup un récit absolument délirant, mais curieusement vrai ! Laissez-moi vous raconter : tout aurait commencé avec la jacinthe d’eau, une fleur qui aurait été offerte par le gouvernement japonais au gouvernement américain à l’occasion de l’exposition universelle de 1884. La plante, au demeurant plutôt jolie, se serait révélée être une vraie saloperie qui se serait multipliée partout. Quelques années plus tard, en 1910, alors que la plante avait commencé à envahir tout le sud est des Etats Unis, une série de problèmes conduisent à une pénurie de viande. La famine guette. C’est alors qu’entre en scène Robert Broussard (un homonyme), l’élu de la Louisiane à la Chambre des Représentants. Il va prendre la parole et proposer une idée magistrale : importer des hippopotames d’Afrique et les relâcher dans le bayou ! Parce qu’il se trouve que le gros herbivore est friand de jacinthe, et aussi qu’il trimballe sur lui une quantité conséquente de bidoche. Résoudre le problème de la plante invasive tout en fournissant de la viande en quantité est le plan génial qui sera connu sous le nom de « American Hippo Bill ». Broussard évoqua la possibilité de produire un million de tonnes de viande* par an ! Devant l’enthousiasme général soulevé par la proposition de Broussard, on proposa d’y ajouter des rhinocéros, des yaks, des antilopes ou des razorbacks. On a beau chercher la petite bête, le plan semblait parfait, qu’est-ce qui aurait pu mal tourner ? Malheureusement, le monde tourne souvent le dos aux audacieux et l’idée de Broussard, bien qu’elle ait été soutenue par Roosevelt et la presse nationale, sera finalement rejetée au Congrès.


Sérieusement, tout ça ne serait-il pas une super idée pour un film? Eh bah ça tombe bien parce que justement l’histoire de Hungry repose sur cette anecdote rocambolesque ! Le dernier quart du film sort donc les derniers survivants des marécages pour les mener à une vieille plantation en ruines. C’est l’ultime demeure de Broussard, et tout le monde de constater rapidement que le filou, décédé depuis des années, avait non seulement importé des hippopotames, mais s’était même lancé dans l’élevage ! Je ne dévoilerai pas les tenants et aboutissants de ce qui va alors se passer, cette farandole de surprises et de twists à gogo récompensera généreusement le spectateur courtois qui suivait alors toute cette histoire avec un intérêt poli et qui se retrouvera émerveillé par la tournure des évènements. J’ajouterai simplement qu’alors que beaucoup de sang a été versé et que nul, dans ce conflit, n’a été tout à fait pur, le film a l’élégance de faire triompher la gentillesse et la compassion. Et ça, je ne l’avais pas vu venir. La jeune femme et le gros mammifère baisseront alors les armes et accepteront d’envisager, ensemble, une coexistence pacifique. Un dernier câlin et hop, la jeune femme est exfiltrée et elle quitte le film comme Dutch dans Predator. Dans l’hélico qui l’emporte, la petite Géraldine risque un dernier coup d’œil au bayou, en bas, et… non je vous laisse la surprise, c’est trop mignon.

Hungry, est sans conteste le meilleur film d’hippopotame de l’année.

Mais nous ne sommes qu’en juillet.



*J’ai fait le calcul, il parait qu’on peut récupérer en gros 1 tonne 5 de viande sur un animal. Pour un million de tonnes, ça fait donc en gros 666000 hippos qui devraient être abattus chaque année. À titre de comparaison, il y a environ 120000 hippos en Afrique. Des chiffres qui interrogent.

MelvinZed
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Melvin Zed

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