Hurlevent
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Hurlevent

Film de Emerald Fennell (2026)

Les Arcanes du blockbuster, chapitre 38

Siège de Warner. Table en marbre blanc, feu de cheminée sur un écran 4k. Dans la corbeille, des marshmallows, des cartouches de protoxyde d’azote, du poppers, des pinces à linge et des œufs frais.


- Bon, vous savez tous pourquoi on est là. Rick, on t’avait chargé de générer la synthèse

- Oui patron, donc y’a marqué qu’on a réussi à arracher le projet Netflix…

- … qui proposait quasiment le double

- pour une sortie salle, avec le package St Valentin : Fennell/Robbie/Elordi. C’est bien ça, Emerald ?

- et Brontë.

- Connais pas.

- C’est l’autrice.

- Je croyais que vous aviez écrit le film.

- Disons que j’ai réadapté la lecture que j’ai fait du bouquin quand j’avais 14 ans.

- Rassurant, c’est à peu près l’âge du public cible. Bon, pour nous tout est prêt, on a calé les dates, la promo est déjà pensée sur plusieurs axes : du cul, de la romance, du clip.

- J’ai eu la confirmation, on pourra bien aromatiser la lande anglaise avec du Brat Summer, patron.

- Bien vu, Rick. Emerald, vous savez pourquoi on croit en vous.

- À cause du cul.

- Calme-toi, Dick. Mais effectivement, c’est le grand retour du cul. On a compris que c’est par les réalisatrices qu’on pouvait revendre les mêmes recettes qu’avant, merci les woke.

- Avec vous, Emerald, c’est parfait : vous avez traité de la culture du viol dans Promising Young Woman…

- …Vous avez réalisé le parfait film viral avec Saltburn…

- Putain la bonde et la tombe, comment j’étais choqué premier degré !

- Rick, relis le mémo, y’avait aussi marqué que tu devais fermer ta gueule. Donc, on vous écoute, Emerald.

- Du choc. J’ai réduit le livre de moitié, enlevé les personnages trop périphériques. On ouvre sur une bonne sœur qui s'excite sur l’érection d’un pendu.

- Oh putain j’adore !

- Fuck la littérature et les métaphores : je veux des fluides, des robes souillées au sang de porc, des fausses couches en plongée, du BDSM au mors de cheval dans la grange…

- Wow, alors on est sur une sortie en salle, hein, y’a…

- Laisse la développer, Mick

- On reste sur du glamour. Je vous ai fait des dessins pour bien comprendre : les comédiens doivent être waterproof, parce qu’ils passeront leur temps à être inondés de larmes, de brume, de sueur ou d’omelette crue. Stockez du sérum physiologique et des fumigènes.

- Bien. Pour la DA, on avait pensé à une version contempo…

- Vous n’y êtes pas. Je veux de l’atemporel. A l’ancienne, mais gothique, lumière artificielles, décors instagrammables, un mix entre Alice aux pays des merveilles, Tim Burton, David LaChapelle, Disney, le Mordor et les clips de Lady Gaga. La chambre nuptiale sera tapissée avec la peau de la protagoniste.

- En mode abat jour du Silence des Agneaux ?

- Alors je m’y perds un peu…

- Je veux une coiffure par plan.

- Mais si on…

- Une robe par plan.

- Ouais, en même temps, elle va pas les garder longtemps ses robes, si vous voyez ce que…

- Ils baisent habillés.

- Ah. Tout le temps ?

- Tout le temps. C’est pornochic, ça fait un peu Mylène Farmer.

- Bon, vos autrices des siècles derniers, on s’en bat les reins.

- ça permet aussi de clipper les extraits pour les réseaux sociaux.

- Ah oui, bien vu ça. Sinon, on a pas lu le bouquin…

- …évidemment. Moi non plus. Enfin, pas depuis mes 14 ans. Mais j’ai relifté ça en Dark Romance.

- Alors justement, on a vu que c’était tendance, mais Mick, Dick et Nick ont pas été foutus de m’expliquer.

- Probablement parce qu’ils ont un pénis et qu’ils sont majeurs. Je vous explique : on veut des relations toxiques.

- Prends ça, le Wokistan !

- L’écoutez pas, je vous en supplie.

- Évidemment, les personnages se désirent, ouvrent la bouche, fourrent leur doigts dans des œufs crus, de la pâte à pain ou des orifices de poisson en gelée…

- Evidemment.

- mais ce qui compte vraiment, c’est la destruction, la souffrance, la manipulation, l’emprise. Elle traite le domestique comme un objet, il devient riche pour se venger. Il renifle son odeur pour devenir son chien, elle lui dit comment son mari la baise pour mieux l’exciter, il en prend une autre qu’il attache avec un collier et la fait aboyer pour la rendre folle de jalousie, ils…

- Putain c’est plus de la romance, c’est un chenil… oui chef, je ferme ma gueule.

- Le véritable amour, c’est des attractions charnelles irrépressibles, du sang, des larmes, du raffinement à voir l’autre s’autodétruire, une dame de compagnie perverse, une jeune vulnérable qu’on transforme en objet sexuel. Le vrai désir, c’est lorsqu’on consent à être avili.

- Chef, ça va être un peu chaud à vendre, non ?

- Alors j’ai pas tout compris, mais ça rentre pile dans la catégorie Polarisation que nous fait remonter le département communication.

- Pensez viralité. L’essentiel, c’est qu’on parle du film. Y’a jamais de mauvais buzz. Pareil pour Elordi, sans doute trop blanc pour le personnage racisé à l'origine. Le Rage-bait, c'est la matière première du retentissement médiatique.

- Bon. J’ai très envie de me laver les mains, là. Mais putain, on va cochonner.


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le 11 févr. 2026

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