Oui, c'est visuellement très beau (on dirait une pub pour un parfum), et les images subliminales ne manquent pas (comment ne pas voir que la jeune Madame Linton ne crève pas d'envie de voir le Loup, quand elle brode un énorme zgeg, quand son pop-up book n'est qu'une succession de zgeg et de "fleurettes"... Elle a faim, la Dame, servez-la par pitié), mais pour le reste : cette adaptation de Les Hauts de Hurlevent n'a pas grand-chose à proposer. Sans même parler de la polémique "white-washing" (le livre pose comme principal problème à l'intégration de Hearthcliff dans cette famille non pas qu'il est adopté, mais qu'il est "hâlé"... Ah, il est vachement "hâlé", le Elordi... Toute la problématique du livre est partie avec la chasse d'eau), ni des problèmes de coupes dans l’œuvre originale (ça s'arrête à mi-livre, se fichant éperdument des gamins des protagonistes - la seule partie du livre où il se passe quelque chose, signé la lectrice en PLS - et évinçant même un des principaux personnages, bye-bye Earnshaw...) qui rendent le récit incroyablement linéaire (on en arrive à "la bourgeoise qui ne peut pas épouser le palefrenier", quoi... Même si on n'est pas fan du livre : rendez-le nous, pitié). Mais pour que les gens (surtout le public féminin très jeune - accompagné de Monsieur, vu la date du 14 février ciblée... Pas bête, la distribution -) reste dans leur fauteuil, rien de mieux que de mettre des scènes olé olé gratos (ça se saute dessus toutes les deux minutes, avec des plans langoureux) en boucle, là où le bouquin est justement l'histoire d'un couple qui ne peut jamais se choper. Ah, c'est fort. A ce stade, imaginez seulement que les personnages de ce film ont les mêmes noms que ceux d'un livre, et arrêtez l'adaptation ici, car absolument rien de ce Hurlevent ne respecte un minimum de son œuvre originelle. Aussi, le personnage de Hearthcliff passe d'ordure finie dans le livre (il bute le chien juste pour lui dire "On se marie, mais fais gaffe.", il frappe ses enfant et neveux, il va jusqu'à déterrer des morts pour les harceler jusque dans l'au-delà... Bref, ce mec est un taré violent, toxique, narcissique) à un pauvre amoureux mis de côté, adouci dans sa violence (
il met un collier à sa femme
, mais visiblement elle aime ça... Pffff...). La BO appuie le côté "moderne au forceps" du film, qui ressemble vraiment beaucoup parfois à des clips pub de parfums, mais n'a pas à rougir de ses décors, costumes, et quelques idées de mises en scène (on ne s'attendait pas à la foultitude d'images lubriques liées à Madame Linton). Emerald Fennell s'offre une relecture du roman Les Hauts de Hurlevent qui dénature tellement le livre qu'il a raison de mettre des guillemets au titre sur l'affiche (rien ne respecte le livre), mais fait ce qu'il veut : met du huc partout et des visuels clinquants à gogo. C'est résolument moderne, on ne peut pas lui enlever cela. Mais quand même : rend le livre, Emerald, rend.