Boarf…
Adaptation très (très) libre du bouquin de Emily Brontë, dont je ne retrouve à peu près rien de ce que j’ai aimé dedans ici, mais une fois accepté le délire de sa réal (que je découvrais, ses deux précédents films ayant l’air daubés donc pas vus), disons que ça se regarde gentiment, eu égard à sa direction artistique relativement douteuse mais assez fascinante dans son genre – qu’on qualifiera poliment de gloubi-boulga gothico-baroque spé softporn option anachronique.
Il faut simplement accepter le plus rapidement possible de couper le cordon avec le roman (dont le film ne conserve que trois quatre grandes lignes et à peine plus de personnages – dont il refond de toute façon à la truelle les personnalités et liens), ce qui m’a pris à peu près cinq minutes – puis cinq de plus pour en faire définitivement le deuil –, au risque sinon de se facepalm toutes les trois minutes devant le nombre de libertés prises par le bousin vis-à-vis du bouquin. Et après tout pourquoi pas, ce classique que sont Les Hauts de Hurle-Vent a déjà eu dans le passé son lot d’adaptations ciné/sérielles, donc j’imagine (je n’en ai vu aucune) que certaines ont déjà assuré le créneau de l’illustration scolaire et proprette (éventuellement chiante) ; et la densité de son récit interdit de toute façon à toute adaptation de deux heures comme celle-ci d’y prétendre (sauf à caviarder toute la dernière époque, et encore… il faudra tout de même speedrun la première).
Donc deal pour une version un peu iconoclaste du mythe. Reste à savoir ce que l’on entend par là…
Dans le cas présent, Emerald Fennell (n’)en tire (qu’)une romance passionnelle et vaguement fiévreuse entre ses Cathy et Heathcliff, romance un peu d4rk et très sexy (ça s’y masturbe et baise beaucoup, là où je ne me rappelle même pas d’un chaste baiser dans le bouquin), à grand renfort de métaphores moites (jaunes d’œufs dégoulinants, limaces baveuses, doigtage de poisson en gelée, murs en sueur) et autres incursions SM (petit harnachement de cheval par ici, petite dog slave par là – Isabelle que t’ont-ils fait ?). Et on sent bien que ça se fantasme un peu provoc, un peu subversif (l’ouverture/scène de la pendaison en tête)… alors que ça l’est tellement moins que ce bouquin vieux de 200 ans, dont la violence morale et la cruauté impitoyable et satisfaite de son personnage principal (ici largement lissé) sont bien plus choquants (et jouissifs !) que ces provocs d’ado au fond bien inoffensives.
Bref, c’est d’un intérêt assez limité dans son entreprise d’adaptation du roman comme dans sa romance phare, dont le souffle ne m’a pas spécialement emporté, à deux trois scènes près (je salue toutefois les deux interprètes, Margot Robbie et Jacob Elordi, qui sont tous les deux parfaits dans leur rôle respectif, elle magnifique et lui magnétique, et qui auraient mérité un meilleur film), toutes trop courtes hélas, Emerald Fennell ne sachant pas prendre son temps quand il le mérite. (Même reproche pour la scène de retrouvailles avec le daron d’ailleurs, qui m’a mis mal à l’aise dans le bon sens du terme, mais qui s’arrête beaucoup trop tôt, alors qu’il fallait faire durer l’humiliation pour que ce soit dégradant et déchirant.)
Ce qui sauve le film à mes yeux de la douce plantade est sa photo de toute beauté (signée Linus Sandgren) et sa DA décadente sans queue (quoique si) ni tête, amalgame de motifs et tableaux gothiques et de décors et visions franchement baroques, qui franchit à plusieurs reprises la frontière du mauvais goût (les murs en peau de Cathy), de matières vraisemblablement anachroniques et d’une BO qui ne l’est pas moins… Ce serait évidemment hors-sujet dans le cadre d’une adaptation plus scolaire du roman, mais ça se marie ici assez bien avec la vulgarité horny de celle-ci. Et lui donne une identité notable à défaut d’en faire un bon film.
Bref, ce n’est pas mon Hurlevent, pour le dire poliment ; c’est clairement une adaptation à destination des teen en chaleur (que j’encourage évidemment à se ruer au cinoche pour la Saint Valoche, mon CNC a besoin de vos deniers pour financer mes films) ; qui se croit subversive mais est en fait fondamentalement plus édulcorée moralement ; mais son couple Margot/Jacob, sa photo très belle et sa DA fofolle le rendent aimable d’une certaine façon.