Hurlevent
5
Hurlevent

Film de Emerald Fennell (2026)

Le rythme de Hurlevent s’impose d’emblée comme une condition de perception. Lent, presque méditatif, il ne cherche ni l’efficacité immédiate ni la dramatisation des sentiments. Cette temporalité étirée restitue quelque chose de l’univers narratif d’Emily Brontë, écrit dans les années 1800, à une époque où la maturation intérieure primait sur l’urgence. Le film ne précipite rien : il laisse les émotions se former, se déposer, et progressivement traverser le spectateur.


Sous la direction d’Emerald Fennell, le film, en costume d’époque, évite toute rigidité illustrative grâce à une photographie moderne, précise et travaillée, dont la lumière et la composition instaurent un dialogue constant entre passé et regard contemporain. Le paysage n’y est pas un simple décor : il prolonge les états intérieurs, comme si l’espace retenait ce que les personnages ne peuvent formuler.


Le récit se construit autour du célèbre triangle amoureux imaginé par Emily Brontë, où fidélité, désir et choix irréversibles s’entrelacent. Chaque décision transforme ceux qui la prennent, non par rupture, mais par déplacement progressif — sous l’influence constante d’une présence plus silencieuse, presque directrice : Heathcliff, figure centrale et discrète, véritable axe invisible autour duquel s’organisent tensions et renoncements.


Margot Robbie, dans le rôle de Catherine Earnshaw, incarne avec finesse cette tension intérieure. Son interprétation, faite de retenue et de nuances, révèle une conscience en mouvement, traversée par des élans contradictoires qu’elle ne cherche jamais à expliciter. À ses côtés, Alison Oliver, interprétant Isabella Linton, compose une évolution plus discrète mais essentielle : une transition presque imperceptible d’un attachement encore lumineux vers une tonalité plus sombre, rendue sensible sans jamais être soulignée.


La musique, composée par Anthony Willis, structure le récit avec une retenue tendue. Derrière ses lignes parfois lyriques affleure une froideur persistante, presque spectrale, qui installe une inquiétude diffuse. Cette écriture sonore évoque moins l’élan d’une romance que la présence d’un lien instable, traversé d’ombres et de tensions sourdes, dans une tonalité proche du romantisme gothique. La partition n’apaise pas : elle accompagne, avec discrétion, la part obscure du récit.


Ainsi, Hurlevent progresse moins par événements que par maturation. La lenteur n’y est pas une inertie, mais une forme d’exactitude : elle permet au spectateur d’éprouver, dans la durée, ce que vivent les personnages. Un film en costume d’époque qui, par la modernité de sa forme, la justesse de son interprétation et la cohérence de sa musique, fait du temps le véritable vecteur de l’émotion.


ZolaNtondo
8
Écrit par

Créée

le 12 févr. 2026

Critique lue 27 fois

Zola Ntondo

Écrit par

Critique lue 27 fois

1

D'autres avis sur Hurlevent

Hurlevent

Hurlevent

3

DirtyVal

1170 critiques

Une lande de papier glacé où la peur s'est éteinte !

​Il y a des œuvres dont la rugosité constitue l'ADN même. En s’attaquant au chef-d’œuvre d'Emily Brontë, Emerald Fennell promettait une relecture audacieuse. Pourtant, le constat est sans appel :...

le 13 févr. 2026

Hurlevent

Hurlevent

8

RemyLL

213 critiques

Très bon

L’adaptation assez libre du si célèbre livre « Les Hauts de Hurlevent » d’Emilie Bronte est brillante. Bien sûr, les puristes diront que le livre n’est pas respecté à la lettre, mais il faut bien...

le 10 févr. 2026

Hurlevent

Hurlevent

8

CineVerse

245 critiques

La Dark romance ultime ?

Après Saltburn et Promising Young Woman, Emerald Fennell nous livre son interprétation nocturne et sensuelle du célèbre roman Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, en y ajoutant une ADN...

le 5 févr. 2026

Du même critique

La Femme de ménage

La Femme de ménage

9

ZolaNtondo

36 critiques

On ne souffre jamais au bon endroit

La Femme de ménage s’ouvre sur un dispositif volontairement lisible, presque rassurant, qui inscrit immédiatement le film dans les codes du thriller psychologique domestique.Les rapports de classe...

le 20 déc. 2025

Cold Storage

Cold Storage

6

ZolaNtondo

36 critiques

Sous la surface, la moisissure

Cold Storage de Jonny Campbell s’installe d’emblée dans une forme de retenue, comme si la menace qu’il met en scène n’avait pas vocation à éclater, mais à s’insinuer. Cold Storage ne construit pas...

le 24 févr. 2026

Running Man

Running Man

10

ZolaNtondo

36 critiques

Running Man, ou les ombres d’une traque moderne

Il y a, dès les premières minutes du Running Man d’Edgar Wright, cette manière singulière de vous saisir par l’image avant même que le récit n’ait véritablement commencé ; comme si le réalisateur,...

le 19 nov. 2025