Hurlevent
5
Hurlevent

Film de Emerald Fennell (2026)

Après avoir apprécié (ou plutôt littéralement adoré) les deux premiers de films de l’actrice britannique Emerald Fennell (Camilla Parker Bowles dans « The Crown »), on attendait ce troisième film avec impatience. En effet, le thriller de vengeance post MeToo « Prominsing Young Woman » fut une excellente surprise dont la sortie a été malheureusement sacrifiée durant les mesures sanitaires. Puis, même si le passage au second film est réputé difficile, elle nous a subjugué avec l’étude de caractères vénéneuse et amorale « Saltburn ». Quand on a appris qu’elle allait adapter l’illustre roman d’Emily Brontë à sa sauce avec deux des comédiens les plus en vue d’Hollywood (la star Margot Robbie et le nouveau sex symbol Jacob Elordi), l’excitation était à son comble... et à la hauteur de la déception. Clairement, « Hurlevent » est une adaptation audacieuse, on ne pourra le nier, mais qui en décevra probablement la plupart par sa superficialité.


On ne pourra pas non plus parler d’une complètement œuvre ratée tant Fennell va au bout de sa proposition qui s’avère maîtrisée dans la note d’intention. Cependant, on est en droit de ne pas accrocher à ses partis pris singuliers et ses délires esthétiques qui annihilent souvent ce qui fait la puissance et la sève de l’œuvre littéraire. Cette version qui passe après tant d’autres (sans qu’aucune soit meilleure ou définitive) est peut-être celle qui s’éloigne le plus du texte original, tout en l’assumant et, cela, on ne pourra pas le lui retirer.


L’impression tenace qui nous parcourt est que la cinéaste se sert de cette illustre matériau de base pour le triturer dans une sauce excessivement baroque et gothique, éloignée de toute réalité, et le rendre alléchant pour la génération Tiktok et Instagram. Grossière erreur... Comme un rêve (ou un cauchemar) éveillé, dans tous les sens du terme, qui en oublie sa vertu première et son message toujours d’actualité sur les rapports de classe, de sexe et tutti quanti. En oute, on attendait un film sulfureux et passionné mais on se retrouve plutôt avec un long-métrage au romantisme niais où le feu des passions a bien du mal à traverser l’écran, comme étouffé par toute l’armada formelle mis en branle pour l’occasion. Et, désolé de le dire, mais l’alchimie entre Robbie et Elordi ne crève pas l’écran. La première est trop âgée pour le rôle et le second a beau être magnifique, son jeu est, pour une fois, assez fade.


« Hurlevent » peut quand même charmer visuellement dans ses débuts. Mais plus le film avance, plus on hésite entre diverses impressions souvent peu reluisantes. On a parfois l’impression d’être dans un clip pop de Mylène Farmer, ce que les chansons pourtant correctes de la pop-star Charlie XCX viennent appuyer. À d’autres moments, on croit être dans une publicité pour parfum Dior quand ce n’est pas une sensation de feuilleter un magazine de mode animé. Dans tous les cas, le film est tourné comme un délire onirique sur certaines séquences (les plus nombreuses) et de manière plus terre-à-terre à d’autres. Ce sont d’ailleurs ces scènes les plus probantes et touchantes. Néanmoins, avouons-le, cette version n’est pas avare en fulgurances visuelles, on ne va pas faire la fine bouche devant certains tableaux inspirés de la cinéaste.


À ce titre, les décors et costumes sont aussi incroyables que bizarres et volontairement anachroniques tandis que l’univers glacé proposé entre un défilé de mode Lacroix et un roman photo de Pierre & Gilles nous tient à distance. Mais certains tableaux impressionnent comme la scène finale de la mort de Catherine ou les séquences sur les rochers désolés fouettés par les vents. Le film est peut-être davantage destiné à un public féminin ou fleur bleue, ces passions torturées ne nous touchant que rarement et l’émotion restant à l’entrée de la salle si on n’est pas de cette trempe. Fennell ne parvient pas à retranscrire l’horreur morale et destructrice du roman en s’en affranchissant. Tout comme son long-métrage ne sent pas pas le souffre et la luxure comme le faisait si bien son précédent, « Saltburn ». Résultat, cet « Hurlevent » 2026 nous paraît froid, désincarné et surtout interminable. Un plaisir des yeux par instants dont les libertés prises avec le roman nous apparaissent vaines. Bref, ce n’est pas à proprement parler mauvais mais c’est assurément une grosse déception.


Plus de critiques cinéma sur ma page Facebook Ciné Ma Passion.

JorikVesperhaven
5

Créée

le 14 févr. 2026

Critique lue 67 fois

Rémy Fiers

Écrit par

Critique lue 67 fois

4

D'autres avis sur Hurlevent

Hurlevent

Hurlevent

3

DirtyVal

le 13 févr. 2026

Suivre

Une lande de papier glacé où la peur s'est éteinte !

​Il y a des œuvres dont la rugosité constitue l'ADN même. En s’attaquant au chef-d’œuvre d'Emily Brontë, Emerald Fennell promettait une relecture audacieuse. Pourtant, le constat est sans appel :...

Hurlevent

Hurlevent

8

RemyLL

le 10 févr. 2026

Suivre

Très bon

L’adaptation assez libre du si célèbre livre « Les Hauts de Hurlevent » d’Emilie Bronte est brillante. Bien sûr, les puristes diront que le livre n’est pas respecté à la lettre, mais il faut bien...

Hurlevent

Hurlevent

8

CineVerse

le 5 févr. 2026

Suivre
Dernière modification

le 10 févr. 2026

La Dark romance ultime ?

Après Saltburn et Promising Young Woman, Emerald Fennell nous livre son interprétation nocturne et sensuelle du célèbre roman Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, en y ajoutant une ADN...

Du même critique

TÁR

TÁR

4

JorikVesperhaven

le 27 oct. 2022

Suivre

Tartare d'auteur.

Si ce n’est une Cate Blanchett au-delà de toute critique et encore une fois impressionnante et monstrueuse de talent - en somme parfaite - c’est peu dire que ce film très attendu et prétendant à de...

Les Animaux fantastiques - Les Crimes de Grindelwald

Les Animaux fantastiques - Les Crimes de Grindelwald

5

JorikVesperhaven

le 15 nov. 2018

Suivre

Formellement irréprochable, une suite confuse qui nous perd à force de sous-intrigues inachevées.

Le premier épisode était une franchement bonne surprise qui étendait l’univers du sorcier à lunettes avec intelligence et de manière plutôt jubilatoire. Une espèce de grand huit plein de nouveautés,...

First Man - Le Premier Homme sur la Lune

First Man - Le Premier Homme sur la Lune

4

JorikVesperhaven

le 18 oct. 2018

Suivre

Chazelle se loupe avec cette évocation froide et ennuyeuse d'où ne surnage aucune émotion.

On se sent toujours un peu bête lorsqu’on fait partie des seuls à ne pas avoir aimé un film jugé à la quasi unanimité excellent voire proche du chef-d’œuvre, et cela par les critiques comme par une...