Hurlevent
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Hurlevent

Film de Emerald Fennell (2026)

L'amour de Catherine Earnshaw et Heathcliff vu par une folle.

Je ne me souviens pas avoir été particulièrement choquée ou outrée des adaptations littéraires au cinéma qui forcément trahissent ou adaptent toujours un peu l'oeuvre originale. Au contraire il m'arrive de lire un roman après avoir vu son adaptation au cinéma ou d'aller au cinéma voir un film dont j'ai aimé le roman.

La première folie est de m'être finalement laissé tenter à aller voir cette nouvelle adaptation d'un des plus beaux romans du monde (l'un des rares que j'ai lu et relu).

Mais comment résister ?

A ce niveau de laideur, de fureur, d'incohérence, de bêtise et de provocation toc ce n'est plus de la trahison, c'est un massacre. Permanent. Qui commence dès le générique. Derrière l'écran noir, on entend un souffle et quelques grincements qui laissent supposer qu'un homme est en train de besogner une malheureuse dans un lit. Il n'en est rien. Devant une foule en transe, un homme agonise au bout d'une corde. Comme il bande (gros plan) c'est encore plus réjouissant. Dans la foule se trouve Boucles d'or une ado rougissante totalement fascinée et enthousiasmée par le spectacle. C'est Catherine Earnshaw (Cathy est brune dans le livre) !!! Lorsqu'elle rentre chez elle, son père lui offre un jeune homme crasseux qu'il a ramassé lors de son voyage à Liverpool. Le gamin sans nom que Cathy baptise Heathcliff lui servira d'animal de compagnie. Dans le film Cathy n'a pas de frère alcoolique et jaloux. C'est donc le père qui se charge de perdre l'argent de la famille aux jeux, de boire des cuvées entières et battre Heathcliff jusqu'au sang à la moindre occasion. Le gars a l'alcool méchant.

Il pleut.

L'éternelle insatisfaite Cathy prend plaisir à regarder deux domestiques baiser dans la grange tandis que le gars passe un mors à sa partenaire consentante et lui casse les dents. ça fait crac et il pleut. Cathy s'enfuit dans la Lande et se masturbe énergiquement devant Heathcliff.

Il pleut.

Je vous laisse imaginer la suite et ne vous livre que quelques exemples de l'interminable liste d'aberrations. Cathy qui ne rêve que de froufrous et de dentelles séduit le riche voisin Edgar Linton qui l'épouse. Il vit avec Isabella (sa soeur dans le livre, étrangement et sans l'amorce d'un intérêt devenue ici sa pupille). Isabella est une idiote sans cervelle (pas dans le livre) binoclarde qui deviendra une chienne adepte du BDSM au contact d'Heathcliff !

Il pleut.

Il ne reste rien, absolument rien de l'admirable roman d'Emily Brontë si ce n'est qu'Heathcliff s'enfuit après avoir entendu une partie de ce qu'il n'aurait pas dû entendre. Helen (la "suivante" de Cathy) est une pure saleté. Mais heureusement, la réalisatrice n'a pas intégré LA réplique tellement merveilleuse et bouleversante "Helen... I am Heathcliff".

Il pleut.

La lande se résume à trois cailloux en carton et quatre brins d'herbe syntéthique balayés par le vent. Mais surtout il pleut. Il pleut tout le temps. Les acteurs ont dû choper une pneumonie, ils sont constamment trempés.

Il pleut.

Cathy, imprévisible et versatile mais tellement attachante n'est ici qu'une péronelle insupportable, bête et méchante. Elle change de robe à chaque scène et se morfond en espérant le retour d'Heathcliff qui revient cinq ans plus tard. Il s'est passé peu de choses en cinq ans mais il s'est coupé les cheveux et a mis un beau costard en mode Voyageur contemplant une mer de nuages de Caspar David Friedrich (la version cheveux sombres) : clic

http://www.surlarouteducinema.com/media/00/00/2832972017.jpg

Cathy et Heathcliff se mettent alors à baiser en ahanant dans toutes les positions mais toujours habillés, un peu partout, dans la grange, sur une table, dans le carrosse de Cendrillon et même dans la chambre qu'Edgar (l'infortuné mari) a décoré aux couleurs de la peau de Cathy (là j'ai bien pouffé, tout est tellement BÊTE, il vaut mieux prendre le parti d'en rire... il y a même un gros pâté sur le papier peint : c'est le grain de beauté de Cathy (qu'on ne voit pas sur sa peau))...

Il pleut.

Isabella confectionne une poupée à l'effigie de Cathy avec ses propres cheveux qu'elle a piqués sur sa brosse. C'est très laid. Comme l'ensemble des décors surdimensionnés, kitsch, clinquants comme la musique qui tonitrue à vous perforer les tympans pour tenter de faire ressentir quelque chose sans doute.

Il pleut.

Que ceux qui ne connaissent pas le roman ne lisent pas la suite. Catherine meurt dans une rivière de sang sans qu'Heathcliff la rejoigne à temps.

Il pleut.

Le film s'arrête là, comme la plupart des adaptations cinématographiques, c'est-à-dire à la moitié du roman. Car effectivement, même si le fantôme de Cathy hante tout le roman, LE personnage des Wuthering Heights est Heathcliff. Personne ne s'est encore (je crois) aventuré à traiter le calvaire de cet homme incapable de pardonner, incurable et irrécupérable Heathcliff après la mort de son adorée. Il faudrait sans doute cinq heures (et moins de pluie).

J'ai trouvé Margot Robbie (que j'aime beaucoup par ailleurs) incapable d'exprimer la passion, le chagrin, le désespoir. Parfaite par contre pour jouer les pimbêches têtaclaques.

J'ai eu l'impression que Jacob Elordi est le seul à avoir lu le roman et avoir compris son personnage torturé et inconsolable même s'il affirme que ce qui l'a attiré dans le projet est de pouvoir retravailler avec la réalisatrice. Et ben !

Je pense que ce film ne nuira pas à leur carrière car ils sont actuellement LE couple idéal qui obtient tous les suffrages pour repeupler la terre.

Il reste le roman immense, intense, vertigineux, follement romantique, sombre, épouvantablement cruel d'Emily Brontë qui n'a écrit que celui-là dans une langue que les pauvres dialogues du film n'approchent jamais :

Wuthering Heights, chapitre IX, extrait d'une déclaration de Catherine Earnshaw à Nelly Dean)

"Mes grandes souffrances dans ce monde ont été les souffrances d'Heathcliff, je les ai toutes guettées et ressenties dès leur origine. Ma grande raison de vivre, c'est lui. Si tout le reste périssait et que lui demeurât, je continuerais d'exister ; mais si tout le reste demeurait et que lui fût anéanti, l'univers me deviendrait complètement étranger, je n'aurais plus l'air d'en faire partie... Mon amour pour Heathcliff ressemble aux rochers immuables qui sont en dessous : source de peu de joie apparente, mais nécessaire. Nelly, je suis Heathcliff ! Il est toujours, toujours dans mon esprit ; non comme un plaisir, pas plus que je ne suis toujours un plaisir pour moi-même, mais comme mon propre être. Ainsi, ne parlez plus de notre séparation ; elle est impossible."

Ceux à qui cette merde de film a donné envie de lire le roman risquent de tomber de leur chaise...

Je partage le ressenti du journal le Parisien : "Au final, on est assez furax contre Emerald Fennell : la voilà qui massacre sans vergogne, et de façon ridicule, l’un des plus beaux romans de l’histoire de la littérature. Grrrrr".

Mais aussi, tout arrive, celui de Libé : "Grand bluff instagramable, l’adaptation d’Emerald Fennell réduit le sombre chef-d’œuvre d’Emily Brontë à une romance clinquante et inoffensive, dépourvue de toute complexité".

Il reste également le merveilleux film de William Wyler (1939) car pour l'instant, pour moi, Cathy et Heathcliff, ce sont eux. clic http://www.surlarouteducinema.com/media/02/01/849906536.jpeg

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le 20 févr. 2026

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