Trente ans après avoir chassée de ce village du Sénégal nommé Colobané, une vieille femme revient dans ses terres natales, avec des milliards qui mettent des étoiles dans les yeux, et elle veut en faire profiter les autres. Seulement à une condition ; condamner à mort le maire du village, qui fut également son amant et responsable de cet exil.
Disparu en 1999 alors qu'il n'avait que 53 ans, Djibril Diop Mambety a fortement marqué le cinéma africain de par ses deux films, auxquels on peut rajouter des documentaires. Hyènes est tiré d'une pièce occidentale, remodelée à ses dimensions africaines, et cela montre bien que l'obsession de l'argent, celui qui peut rendre avide et cupide, est un thème universel.
Dans des terres brûlées à chaud, où le soleil de plomb est comme une menace sur la tête de ses habitants qui n'ont que des éventails, l'arrivée en train de cette femme, jouée par Ami Diakhate sonne comme un western, genre qui reviendra assez souvent dans le film. On voit un ton, un rythme différent, porté par les croyances du Sénégal dont certaines m'ont sans doute échappé, où il me semble que la langue parlée est le wolof, avec très peu de moyens, mais le réalisateur a pour lui ce désert qui ressemble à l'infini, et à son interprétation très juste des acteurs, avec une fin assez sombre, qui parle aussi du destin fortement chahuté de Ami Diakhate face à ce maire joué par Mansour Diouf. D'ailleurs, Djibril Diop Mambéty lui-même joue le rôle du juge, celui qui va décider de la condamnation à mort ou non.
Le film avait marqué les esprits au Festival de Cannes en 1992, et malgré cela, il était tombé dans l'oubli jusqu'à une restauration en 2019 qui rend justice à son réalisateur, et à un continent, dont on connait bien trop mal le cinéma.